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L'éditorial de Claude Imbert - Otan en emporte le vent !

Le retour de la France dans les commandements militaires de l'Otan met fin à une longue hypocrisie. Elle était de marier-par postures, fla-flas et beaucoup de vent-un souverainisme archaïque avec une longue fidélité atlantique.

La France était dans l'Otan sans y être ; elle y sera désormais vraiment. Elle n'y sera ni plus ni moins dépendante. On peut laisser de Gaulle reposer en paix.

Car, bien sûr, le commandeur de Gaulle devient la caution posthume des chevaliers du statu quo. C'est lui, certes, qui avait décidé du retrait français, et des socialistes qui le lui avaient alors reproché invoquent aujourd'hui. .. son parrainage. En fait, il s'agissait en 1966 de préserver l'autonomie d'un programme nucléaire naissant, alors critiqué et contrarié sous cape par l'Amérique. Aujourd'hui, notre force de dissuasion s'est imposée et nul ne conteste sa pleine indépendance.

De surcroît, contrairement à ce que l'on raconte, la France n'a pas quitté l'Otan mais seulement des comités de commandement militaire. En quarante-deux ans, elle est même devenue un de ses premiers contributeurs en hommes comme en financement. Elle a commandé en son nom au Kosovo et se bat en Afghanistan. La coopération militaire avec l'Amérique n'a cessé de croître, et jusqu'à des accords secrets touchant le nucléaire. Ajoutons qu'aucun Etat n'est contraint par l'Otan à se trouver engagé dans un conflit contre son gré : l'Allemagne, le Canada, membres à part entière de l'Otan, n'ont pas fait la guerre en Irak...

En réalité, il devient incohérent, voire pénalisant, de maintenir une participation si importante à l'Otan et de renoncer à mieux y peser dans la décision et plus encore dans la conduite des opérations. C'est justement parce que l'Otan, depuis la fin de la guerre froide, vasouille, qu'elle hésite sur son avenir et sa stratégie, c'est parce que l'Alliance « a changé de nature et même d'ennemi » (1), c'est justement parce que ses objectifs en Afghanistan, par exemple, suscitent à bon droit le scepticisme qu'il est absurde d'y fuir des responsabilités disponibles.

Reste, direz-vous, le symbole et son incontestable portée politique. Nous étions « pacsés » à l'Otan, le mariage annoncé suscite des cris d'orfraie. A la gauche qui dit non à tout. Mais aussi chez cette opposition rampante que couve le parti du président. Celle des gaullistes de la vieille école, celle du cénacle villepiniste toujours tenté par une certaine jactance anti-américaine. Celle enfin, plus surprenante, du centriste François Bayrou, en rupture avec sa famille démo-chrétienne. Faut-il y voir une ruade d'opposants forcenés ? Ou bien le refus d'un certain pari de la diplomatie française ?

Quel pari ? Outre qu'il se fait sans risques avérés pour ce qui reste de notre « indépendance nationale », Sarkozy exploite deux faces de l'actuelle conjoncture.

D'abord, l'Amérique, diminuée par ses responsabilités écrasantes dans la crise financière, n'est plus celle de Bush ni même celle de ses prédécesseurs. L'élection d'Obama ne fait que magnifier une rupture qui se fût imposée sans lui. Elle lui enjoint de quitter une prétention unilatérale dévaluée par le train de l'Histoire.

Ensuite, il est vain de prétendre conduire une politique européenne de défense hors du parapluie américain. L'Europe n'en a ni la volonté commune ni les moyens. De surcroît l'Amérique-et déjà depuis Bush-ne met plus de frein à l'édification d'un pilier européen de défense. Mais surtout nos partenaires européens ne veulent pas le voir découplé de l'Otan. Et, au contraire, la décision française dissipe les soupçons empoisonnés d'anti-américanisme qui n'ont que trop miné notre diplomatie en Europe.

L'Alliance atlantique est bancale : une jambe américaine trop longue, une européenne trop courte. Alors qu'aucun conflit intraeuropéen ne menace, l'essentiel est que l'Europe-sur 26 membres de l'Otan, 21 sont européens-élargisse son influence non pas contre l'Amérique, mais au sein de l'alliance commune.

En avril, au G20 de Londres, pour aborder la redoutable adversité de la crise mondiale, l'Europe, aux côtés des nouveaux grands de la planète, plaidera d'abord pour une profonde régulation financière. Cette priorité fait tiquer à Washington les vestales du marché infaillible qui lui préfèrent la défonce à tout-va de la relance. Mais les créditeurs chinois s'inquiètent et déjà murmurent. L'Amérique n'aura pas les coudées si franches. Dans le débat mondial, l'Europe retrouve un peu du crédit que l'Amérique a perdu. Cet espace que l'Europe conquiert dans l'ordre économico-financier, elle l'ambitionne au sein de l'Alliance. C'est le pari de Sarkozy : il y a peu à perdre et plus à gagner.

1. « L'allié indocile », de Pierre Lellouche (éditions du Moment).

Le Point N°1905 19/03/2009

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