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    Jugon : l’envol de Maurice Halna du Fretay (15 novembre 1940)


    Le 15 novembre 1940, Maurice Halna du Fretay, de Saint-Igneuc (Jugon) est un des premiers Français à rejoindre de Gaulle. Il est abattu au dessus de Dieppe en août 1942 après s’être brillamment illustré dans la Royal air force (RAF).

    Né en 1920, Maurice Halna du Fretay prend ses premiers cours de pilotage en 1937, à l’aéro-club de Dinan et achète un petit avion tchécoslovaque, un Zlin 45 CV.

    Vient la guerre. Il veut s’engager. Trop jeune : « On me répond : Pas besoin de pilotes. Il y en a tant qu’on veut », écrit-il plus tard. Dans la propriété familiale de Ranléon, à Saint-Igneuc, le Zlin est démonté et caché.

    Elève-radio navigant, Maurice est à Aulnat (Puy-de-Dôme) pendant la débâcle. Il rentre à Ranléon en septembre, avec une seule idée, rejoindre ce de Gaulle dont il a entendu parler et qui incarne la pérennité de la France. Sa conviction est renforcée par ce qu’il voit de son pays sous le joug. Comme ces odieuses affiches rouges : « Je me rappelle celle qui m’a appris l’exécution, je devrais dire l’assassinat, d’un ouvrier électricien que je connaissais bien. Encore un à venger », dit-il à Maurice Schumann, sur les ondes de la BBC le 12 décembre 1940.

    Sa mère, la baronne du Fretay (1), encourage son idée de partir tout en canalisant son impatience : « Il ne s’agit pas de partir, mais d’arriver. » En novembre sa décision est prise. Il s’envolera sur le Zlin et la piste d’envol sera la belle allée de la propriété familiale. L’avion est remonté, l’essence trouvée.

    Un baiser d’adieu

    Le 15 novembre, la baronne embrasse son fils et va prier. Se doute-t-elle qu’elle vient de lui donner le baiser d’adieu ? « Je mets plein gaz, je lève la main. L’avion bondit, s’embarque un peu à droite, un peu à gauche, évite les arbres de justesse. J’arrache l’avion. Il passe tangent aux pommiers. C’est une chance que sans essai, tout fonctionne si bien », écrit-il. Quelques heures plus tard, il est en Angleterre. Il crie : « Je ne suis plus un vaincu ! »

    Sa famille aura deux fois de ses nouvelles, par la BBC. Son nom, bien sûr, n’est pas cité. Mais les Halna du Fretay n’ont aucun mal à reconnaître la voix et le sang de ce garçon de 20 ans qui le 12 décembre déclare à Schumann : « Je suis décidé à tout plutôt qu’à leur donner (aux Allemands) mes bras pour nous maintenir en esclavage. »

    Puis, plus de nouvelles. « Ce n’est qu’à la Libération que notre mère apprendra la mort de Maurice. Ce fut un grand chagrin », témoigne Pierre, son frère cadet.

    Pilote dans la RAF, squadron 174, il est « tenu pour un vrai tigre dans son escadrille », selon Henri Avril, préfet de la Libération. « Notre travail consiste à faire de l’assaut. Je pilote un Hurricane, bombardier de 12 000 chevaux, avec 12 mitrailleuses. Cela me change de mon avion de 45 CV qui a l’air d’un jouet d’enfant » explque-t-il à la BBC.

    C’est sur un avion légèrement différent qu’il prend part au débarquement de Dieppe, le 18 août 1942. La RAF effectue 2 617 sorties. Cent six appareils ne rentreront pas, dont le sien.

    Sur la carlingue de son Hurricane, Maurice Halna du Fretay avait fait inscrire : « Breiz dalc’h mad » (Tiens bon Bretagne) et « Kentoc’h mervel » (Plutôt mourir).

    (1) Futur membre du comité départemental de la Libération.

    Source : http://almrd22.fr/Jugon-l-envol-de-Maurice-Halna-du


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    Crash des deux Rafale : il s'agit de pilotes d'essais (actualisé-4)

    Source http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/09/crash-des-deux-rafale-il-sagit-de-pilotes-dessais.html

    Les deux Rafale qui se sont abimés en mer hier soir, à 18h09, étaient pilotés par deux pilotes d'essais, l'un appartenant au Centre d'essais en vol (CEV-DGA), l'autre au CEPA (Centre d'expérimentations pratiques de l'aéronavale). Contrairement à ce que nous indiquions sur la base de premières informations fragmentaires, il ne s'agit donc pas de pilotes de la flottille 12F, embarquée sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. En revanche, les deux Rafale sont des avions de série, appartenant à la flottille.

    Le ministre de la Défense a communiqué leur nom : le pilote disparu est le capitaine de frégate (de réserve) François Duflot et le pilote récupéré, le capitaine de corvette Yann Beaufils.

    Ces deux pilotes très expérimentés procédaient à des essais de catapultage et d'appontage du nouveau standard du Rafale-Marine F-3. Au moment de l'accident, ils étaient à une soixantaine de kilomètres du porte-avions, qu'ils s'apprêtaient à regagner.

    Un spécialiste explique qu'il s'agissait "d'un essai de catapultage à masse lourde, sous responsabilité du Centre d'Essais en Vol. L'objectif était de valider l'utilisation de la poussée des moteurs avec post-combustion (post-combustion minimale, puis poussée maximale) lors du catapultage, afin de permettre l'utilisation de configurations lourdes à partir du porte-avions. Le point d'essai s'est déroulé nominalement, alors que le porte-avions se trouvait au large de Montpellier et les avions se sont alors éloignés pour consommer le pétrole excédentaire avant de revenir à bord. L'accident s'est produit en mer, au large de Perpignan".

    "A priori l'accident n'a rien à voir avec l'avion, il s'agit d'un accident de vol" a déclaré le ministre de la Défense Hervé Morin, lors d'un point de presse à Toulon, après qu'il se soit rendu à bord du porte-avions.

    "Il n'y a pas d'autres scénarios que celui de la collision" estime-t-on dans les milieux navals. Pour l'instant, aucune explication n'est fournie sur les causes de ce choc, alors que les deux avions ne semblaient pas voler en formation au moment de l'accident. Il semblerait que l'avion du pilote récupéré ait été percuté par l'arrière, ce qui a occassionné un très violent choc, le poussant à s'ejecter. L'autre appareil a continué sur sa trajectoire pour percuter la mer.

    Le pilote récupéré en mer souffre de contusions. Il s'agit d'un officier de marine, affecté aux vols d'essais. Son collègue, toujours porté disparu, est un pilote travaillant pour la Délégation générale pour l'armement.

    Le pilote porté disparu, âgé de 45 ans, totalisait 4,300 heures de vol. Ancien pilote de l'Aéronavale, François Duflot est entrée dans la Marine en 1986, et a effectué sa carrière sur Super Etendard de 1987 à 2001. Il a notamment participé à 80 missions de combat en Bosnie et au Kosovo. Breveté pilote d'essais en 2002, il a par la suite rejoint l'équipe Rafale du Centre d'Essais en Vol (DGA) à Istres, puis le CEPA, avant de revenir au CEV. Il a été embauché comme pilote civil en août 2007 par la DGA. François Duflot totalise plus de 4300 heures de vol accumulées sur plus de 34 aéronefs différents et a accompli plus de 600 appontages, dont 110 de nuit.

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    Défense européenne: Obama laisse tomber le bouclier, l'UE aura-t-elle d'autres opportunités?




    http://www.newropeans-magazine.org/content/view/10070/309/
    Written by Marianne Ranke-Cormier
    Monday, 21 September 2009



    Le recul des États-Unis sur le déploiement du bouclier anti-missiles en Pologne et en République tchèque est une opportunité pour affirmer le rôle de l'Union européenne dans la protection de ses frontières, la défense de ses 500 millions de citoyens,  et le lancement d'une réflexion sur la défense européenne proprement dite.

    Il appartient à l'Union Européenne et à ses leaders politiques, Conseil et Parlement européen, de répondre immédiatement à ce recul, en affirmant auprès des gouvernements polonais et tchèque qui s'inquiètent de ce "lâchage" en pleine débâcle mondiale, que la meilleure garantie de la  liberté et de l'indépendance de leurs états respectifs restent l'Union européenne elle même, sa capacité à mettre en place les instruments nécessaires pour défendre elle-même en premier lieu, et en toute indépendance, ses citoyens, tous ses citoyens.

    Il appartient à l'Union européenne de saisir cette opportunité qui plus qu'un recul des Etats-Unis constitue un appel de la part du président américain Obama à ce que les européens investissent eux-même le champ ainsi laissé libre.

    Les citoyens européens, les Polonais, comme les Tchèques se sont battus pour être entendus sur ces projets américains et se sont opposés à une telle ingérence militaire des Etats-Unis sur leur sol, proclamant qu'il s'agissait d'abord d'une question européenne.. Il ne s'agit pas aujourd'hui de rester les bras croisés et d'attendre que les Etats-Unis repartent sur de nouvelles bases et de nouvelles négociations auxquelles les gouvernements polonais et tchèques sont prêts à céder même au rabais.

    Car la décision d'Obama n'est pas une décision politique, c'est avant tout une décision économique, quelques soient les négociations secrètes ou non menées avec la Russie. En effet, l'une des promesses du président Bush était d'aider Pologne et République tchèque de reconstituer, moderniser et développer leurs armées respectives, pour les réconforter dans leurs craintes de voir une nouvelle expansion de la Russie, des forces militaires russes à leurs frontières. La crainte des pays de l'est n'est pas tant dans une attaque iranienne, mais bien dans des tentatives de la Russie, d'étendre sa zone d'influence militaire et de vouloir d'une façon ou d'une autre reconquérir certains territoires. On ne peut ignorer la défiance hypodermique que les européens de l'est ont à l'égard de toute tactique diplomatique russe.

    La décision d'Obama n'est pas une décision  politique, c'est une décision économique, c'est un retour de l'Amérique sur elle même, une décision de protectionnisme économique américain, personne n'en est dupe.
    Par contre politiquement elle laisse aux partenaires européens de la Pologne et de la République tchèque la porte ouverte et le champ libre pour les convaincre que l'Union européenne dont ils sont membres à part entière, est bien la seule structure qui peut leur garantir le respect des frontières et celui du développement de stratégies diplomatiques et de partenariat avec la Russie qui reposent sur l'intérêt des citoyens européens, de l'équilibre géopolitique de son voisinage. Politiquement elle laisse aux partenaires européens de la Pologne et de la République tchèque la possibilité d'affirmer qu'en matière de défense: plus aucun état-membre ne doit pouvoir engager seul de dialogue bilatéral avec Washington ou Moscou: toutes les décisions de défense et de politique étrangère en relation avec les Etats-Unis et la Russie devant être préparées et mises en oeuvre au niveau communautaire. (cf Bases américaines anti-missiles dans l’UE: Qui défend l’intérêt collectif européen?)

    Une opportunité dont Obama n'a sans doute pas mesuré toute l'étendue, une opportunité dont l'Union européenne elle-même n'a pas mesuré l'importance. Et pourtant, très vite il sera trop tard, les européens de l'est n'attendront pas que la Russie puisse faire le premier pas.

    Marianne Ranke-Cormier
    Paris, Arriach (France/Autriche)

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    … ET ILS NOUS ONT ACCUEILLIS AVEC DES CRIS DE HAINE


    rapatries_mai62-69267.jpg … Peu à peu, le soleil, pareil à une meule incandescente, émergea des flots. Tout autour du navire, les eaux soyeuses tournoyaient lentement, en vastes cercles concentriques qui s’évanouissaient à la limite extrême de l’horizon. Un haut parleur annonça bientôt que l’on apercevait les côtes de France. Mal réveillés, ils montèrent tous sur le pont. Sous le ciel gris, la côte paraissait noire. Des oiseaux de mer passaient au-dessus du bateau en poussant leurs cris aigus.

    Ils étaient tous là, serrés les uns contre les autres, appuyés à la rambarde. Le paradis dont ils avaient tellement rêvé, enfant, à travers les pages d’un livre de géographie approchait lentement et déjà ils n’en voulaient plus. Ils rêvaient à un autre paradis perdu : l’Algérie ; c’est à elle qu’ils pensaient tous à présent. Ils n’étaient pas les frères douloureux qui arrivaient pour faire panser leurs blessures, mais des étrangers. En eux remontaient des aigreurs. Le regret de ce qui n’était plus suffisait à faire revivre ce qui aurait dû être…

    Ce qu’ils avaient laissé « là-bas », c’était avant tout cette part d’insouciance qui les faisait chanter et rire. En foulant pour la première fois le sol de la France, ils apprendraient brutalement la signification du mot « demain » dans une situation que personne n’avait pu prévoir et le qualificatif de « Rapatrié » serait apposé à chacun d’eux. C’était une manière comme une autre de les déposséder à tout jamais de ce sol qui les avait vus naître, de leur dire que jamais il n’avait été leur patrie. Et l’angoisse les étreignait car déjà la presse progressiste et bon nombre de politiques les avait condamnés. C’est ainsi que « l’Humanité » du 6 Janvier 1962 parlait d’eux en ces termes « Ils ont une drôle d’allure ces passagers en provenance d’Algérie » et « La Croix » du 24 Février recommandait au sujet des jeunes rapatriés qu’il fallait « éviter de laisser notre jeunesse se contaminer au contact de garçons qui ont pris l’habitude de la violence poussée jusqu’au crime ».

    Robert Boulin, secrétaire d’Etat aux rapatriés, avait déclaré le 30 Mai 1962 au Conseil des Ministres : « Ces sont des vacanciers. Il n’y a pas d’exode, contrairement à ce que dit la presse. Ce sont bien des vacanciers, jusqu’à ce que la preuve du contraire soit apportée »… tandis qu’au nom du Parti communiste, M. Grenier s’indignait de la réquisition d’une colonie de vacances pour les « saisonniers »… Le 5 Juin, par l’entremise de « l’Humanité », François Billoux, député communiste, conseillait au Gouvernement de loger les rapatriés « dans les châteaux de l’OAS », ajoutant : « Ne laissons pas les repliés d’Algérie devenir une réserve de fascisme ».

    Lorsque ces nouveaux « vacanciers » débarquèrent, ils découvrirent aussitôt que le malheur ce n’était pas propre, pas beau à voir. Partout de lamentables cargaisons humaines où les matelas mal ficelés côtoyaient les cages à canaris. Des hommes, des femmes, des vieillards, dépenaillés, hirsutes, démoralisés, souffrants, la marche pesante, le découragement dans l’âme, tandis que les mamans étaient tiraillées en tous sens par leurs enfants qui pleuraient et poussaient des cris. On ne voyait plus que la morne lassitude des silhouettes courbées sous des charges hâtivement nouées qui donnaient l’impression d’avoir emporté, là, la part la plus précieuse du foyer. Mais la part la plus précieuse, en réalité, nul n’avait pu l’emporter avec soi, parce qu’elle dormait dans l’ordonnance des murs et dans la lumière qui baignait les paysages où s’étaient allumés les premiers émerveillements de l’enfance… on n’enfermait pas les souvenirs, le soleil et la mer dans une valise !...

    Certains arrivaient dans un état de dénuement physique et matériel invraisemblable… Misère vestimentaire, délabrement… Il s’élevait de ce troupeau une rumeur faite non de cris mais de sanglots, de paroles qui revenaient en leitmotiv : faim, soif, dormir et surtout, Misère… Misère…

    Où étaient donc ces riches colons ? Ces exploiteurs de la misère arabe ? Ils étaient seuls désormais et ils n’en pouvaient plus.

    Pour les accueillir, point de « cellules d’accueil »… mais un imposant « service d’ordre » qui avait pour mission essentielle de procéder à un « filtrage » des éventuels suspects (entendez-par là, les membres de l’OAS). Des chefs de famille qui avaient eu le malheur de voir leurs noms mentionnés sur les fiches de police étaient, sans la moindre humanité, arrachés à leurs épouses et à leurs enfants, déjà singulièrement éprouvés par ce cruel destin et, jugés aussitôt tels des criminels, allaient remplir les prisons françaises encore imprégnées de l’odeur des tortionnaires du FLN que l’on venait, en hâte, de gracier. Quelle affliction que de se voir ainsi arraché aux siens à un moment où on a tant besoin de la présence d’un père et d’un époux. Quel cruel spectacle que celui-là ! Ils avaient tous besoin de l’Armée du Salut… on leur envoya les R.G, les C.R.S et les gardes mobiles…

    Les pieds nus dans des babouches, un homme ouvrait un pardessus à chevrons : il n’avait que son pyjama dessous. Il se tordait les mains et racontait, la voix brisée par l’émotion, que sa fille avait été enlevée, le matin même du départ. Comme il avait perdu son dentier, on comprenait mal son récit et l’on entendait :

    - Elle criait : « Me laisse pas, papa… me laisse pas ! »

    Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Ils me tenaient. Ils me tenaient je vous dis… criait le pauvre homme en éclatant en sanglots

    « Mon Dieu, mon Dieu », répétait une femme en se signant.

    A quelques pas, une dame effondrée racontait au personnel chargé de l’orientation des réfugiés :

    - Moi, je ne voulais pas partir, Monsieur. Je savais bien ce que ça serait. Je me disais : « Il n’y a qu’à attendre ». Je ne sortais plus. Juste pour les commissions. Je croyais que ça allait se calmer. Puis les deux locataires du premier sont partis. On n’est plus restées qu’avec Madame Ramon, dans la maison. Le soir, on mangeait l’une chez l’autre, pour se tenir compagnie, pour parler. Et puis, l’autre matin, quand je suis revenue du marché, elle était dans l’escalier, allongée, plein de sang partout, avec sa tête en arrière qui tenait plus que par le chignon. On avait tout chamboulé chez elle. Qu’est-ce que je vais devenir Monsieur… qu’est-ce que je vais devenir ?...

    C’était la litanie de la débâcle. Tous avaient un viol à raconter, un pillage, un crime, un enlèvement dont ils avaient été témoins.

    - Et l’armée ? demanda un journaliste effaré par toutes ces horreurs.

    - Ah ouah ! Qu’elle armée m’sieur ? répondit un homme dont le visage était blême.

    - L’armée française !

    - Il n’y a plus d’armée française, m’sieur. L’autre jour, auprès de la grande poste, ils étaient dans les étages en train de frapper un Européen.

    - Qui ils ?

    -     Les Arabes ! On entendait hurler. Passe une jeep avec un lieutenant français et trois soldats. Je fais signe. Ils s’arrêtent. « Vous n’entendez pas ? », je dis. « Non. Je n’entends pas, qu’il me répond le lieutenant ! Et même si j’entendais, ce serait pareil. J’ai pas d’ordre ! »

    Ma parole ! Je lui ai fais un bras d’honneur. Si c’est pas malheureux. Et ça s’appelle la France, m’sieur ?

    A cet instant un homme qui écoutait la conversation s’adressa au journaliste :

    - Monsieur, le drame des Français d’Algérie rejoindra dans l’histoire celui des juifs chassés et persécutés sous le nazisme. Ce sera la même honte.

    Au même moment, ce 18 Juillet 1962, dans l’indifférence générale, se tenait le Conseil des Ministres. En parlant des Pieds-Noirs (vocable que bon nombre de Français d’Algérie entendaient pour la première fois), De Gaulle déclara : « Il faut les obliger à se disperser sur l’ensemble du territoire », ce qui permit à Louis Joxe, son éminence grise, de renchérir : « Les Pieds-Noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas, il n’est pas souhaitable qu’ils retournent en Algérie ou qu’ils s’installent en France où ils seraient une mauvaise graine. Il vaudrait mieux qu’ils aillent en Argentine ou au Brésil ».

    Et des jours durant, on rencontrait dans tout le Sud de la France, notamment dans les zones maritimes, des masses de Pieds-Noirs hébétés, prostrés, embarrassés dans les enfants, les valises et les formalités, assommés de douleur et de fatigue, amers face à l’indifférence et au mépris, se perdant dans des rues qu’ils ne connaissaient pas, photographiés comme des bêtes venues d’un autre âge, avec leur visage mort, ravagé par les larmes et la douleur.

    Dans les ports, c’était la désolation. Les cadres de déménagement de ces « richards », hâtivement construits en bois, étaient volontairement plongés dans la mer par les dockers de la CGT et autres gauchistes. Ceux qui avaient eu la chance d’être épargnés, étaient éventrés. Leur contenu gisait, épars, sur le sol faisant le « bonheur » des rôdeurs à l’affut de toutes ces richesses

    A Marseille, un homme dont la haine pour les Français d’Algérie n’avait aucune retenue, le socialiste Gaston Defferre, allait se charger personnellement de leur accueil. Sur les bancs de l’Assemblée Nationale, il alla jusqu’à prononcer ces mots infâmes : « Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… », ajoutant qu’il ne les recevrait jamais dans sa cité. Le 26 Juillet 1962, lors d’une interview réalisée par Camille Gilles pour « Paris-presse», à la question de ce dernier : « Dans certains milieux de Marseille, on prétend que vous avez à votre disposition une police spéciale, genre « barbouzes », est-ce exact ? » Réponse : « Ce sont simplement des militants… Ils sont groupés en sections et sous-sections. Il y en a à Marseille un peu plus de 15.000 (payés par le contribuable ou par le PS ?). C’est la deuxième fédération de France et, croyez-moi, ces gens savent se battre. Aux prochaines élections et réunions électorales, si les « Pieds-Noirs » veulent nous chatouiller le bout du nez, ils verront comment mes hommes savent se châtaigner… Ce ne sont pas eux qui viendront, mais nous qui iront casser leurs réunions. N’oubliez pas aussi que j’ai avec moi la majorité des dockers et des chauffeurs de taxis ». Et à une nouvelle question du journaliste : «Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés de Marseille ? » « Oui, répondra sans vergogne Defferre, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux ».

    Ainsi, tenaillés entre communistes et socialistes qui leur vouaient, à l’instar de leur « maître à penser », une haine sans borne et qui, de surcroît, détenaient les rouages de la vie politique, sociale, administrative… et mafieuse, les Français d’Algérie installés à Marseille allaient connaître durant les premiers mois de leur exil, des difficultés à nulles autres pareilles…

    « Se réadapter ailleurs », c’est ce que les « Rapatriés » allaient tenter de faire en dépit des difficultés qui s’amoncelaient : précarité, chômage, logement, scolarité, santé… Cependant, dans tous les coins de France où ils étaient arrivés en masse, on en profitait pour faire monter les prix ; chambres d’hôtels et meublés affichaient complet et la nuit, beaucoup de ces malheureux se retrouvaient dans les halls de gare, remâchant un peu plus leur rancune. Les logements se faisaient rares et étaient proposés à des tarifs exorbitants, les établissements scolaires n’acceptaient plus, par manque de place, les enfants… A la vue de tant de misère, ils ne cessaient de se répéter : « Est-ce cela la France ? Cette France que nous avons tant aimée ? »… Mais la France, ce pays merveilleux des droits de l’homme, cette terre d’asile de tous les réfugiés du monde, manquait, pour la première fois de son histoire, de générosité. Elle accueillait ces pauvres gens à contrecœur, témoignant autant d’indifférence que d’hostilité. Combien de ces « rapatriés » allaient découvrir des mots nouveaux tels que « dépression nerveuse », « stress »… termes dont ils ignoraient le sens, eux, transfuges d’un pays de soleil où tout était prétexte à la fête... Combien de morts prématurés cette communauté compta la première année de son rapatriement en France !...

    Face à ce désastre humain, le gouvernement demeura de marbre. Seuls quelques élus locaux réagiront humainement avec des moyens limités et quand Alain Peyrefitte, pris de remords, exposera au « général Président », le 22 Octobre 1962, « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés… », De Gaulle répondra sèchement avec ce cynisme qu’on lui connaissait : « N’essayez pas de m’apitoyer ! »… On était bien loin du « C’est beau, c’est grand, c’est généreux la France ! »…

    Et c’est ainsi que, des années durant, les Français d’Algérie promèneront leur mélancolie à travers cette France égoïste et indifférente qui, sans se soucier des martyrs, aura laissé égorger les vaincus…