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    Henri de Monfreid

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    " Jamais de repos, jamais de halte sur la route brûlante auprès de la source fraîche, seulement une gorgée prise au passage dans le creux de la main. .. et on reprend la course dans la poussière. " Telle apparaissait la vie pour Henry de Monfreid. Vieille compagne, la mort ne surprit pas, la nuit du 12 au 13 décembre 1974, ce prodigieux vieillard de 95 ans : " ll faut vivre comme si on était éternel ; il n'est pas plus difficile de mourir que de naître "  Mers, soleil, vents l'avaient délivré des rêveries obscures, des conventions et des habitudes, de ce qu'il appelait " le troupeau " pour lui permettre d'écouter tout ce qu'il portait en lui, comme une mère porte un enfant, l'Aventure.  Mais se dépouiller du vieil homme n'est pas facile. Un échec à l'Ecole polytechnique, la rupture avec sa famille, de nombreux petits métiers, des amours de passage lui font mesurer " sa veulerie, ses lâchetés, ses faiblesses ". Mentir pour être cru, tricher pour gagner semblent à ce jeune homme les lois d'une cité où " l'homme perd sa propre estime ", où il ne connaît plus son tirant d'eau, où aucune épreuve ne lui révèle sa valeur.
    Aussi fuit-il ce monde faux, non pour s'adonner à des spéculations métaphysiques, mais pour affronter une rude réalité " afin, écrit-il, de fortifier en lui ses éléments combatifs ". ll a 30 ans, trois de plus que Rimbaud, lorsqu'il découvre l'Ethiopie et la mer Rouge en 1910.
    Pendant trente-huit années, il en recherche les secrets, se battant contre les pirates et les Etats, vendant des armes, des perles, du hachisch, côtoyant des marchands d'esclaves et des princes, rencontrant aussi bien le Négus que Mussolini, conversant avec Teilhard de Chardin après s'être converti à l'lslam. Contrebandier, pirate, gentilhomme de fortune, il écume les mers d'Orient, devient guide de chasse au Kenya, avant de planter son ancre à terre, en Berry, dans une demeure datant d'Henri IV. Sans jamais avoir failli à sa parole ni à son honneur.
    Au milieu de ses aquarelles, après avoir écrit une soixantaine d'ouvrages, Henry de Monfreid terminait d'ordonner ses souvenirs. " Je plante un pommier, aimait-il à dire, et n'en mange pas les pommes. Mais je mange celles de l'arbre qu'on a planté avant moi. Et bien d'autres mangeront les pommes que j'ai plantées. ll faut vivre comme cela. " lvre d'aventures, il tenait à marquer son attachement à la terre d'Europe : terre d'aventures, terre d'aventuriers, toute à son image.

    Jean-Louis Voisin, Eléments, novembre 1974.

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    Bruno Cremer, aventurier et homme fidèle

    Bruno Cremer était l'adjudant de la 317e section. Au côté de Jacques Perrin, avec aucun effet et presque pas de dialogues, Cremer parvint, devant la caméra de Pierre Schoendoerffer, à rendre l'absurdité et la misère de la guerre d'Indochine, mais aussi la simplicité de l'héroïsme militaire.








     

     

    Clic : http://www.dienbienphu.org/

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    “Lettre à mon fils, lieutenant en Afghanistan…”

    Comme souvent l'hebdomadaire Valeurs Actuelles nous fait part de témoignages auxquels nous sommes tous sensibles.

    Je vous invite à le lire et d'aller sur le site : http://www.valeursactuelles.com/actualités/monde/“lettre-à-mon-fils-lieutenenant-en-afghanistan…”20100729.html

     

    Témoignage. Quand un colonel s’adresse à son enfant, engagé dans des opérations de guerre

    “Lettre à mon fils, lieutenant en Afghanistan…”


    30.jpgL’auteur de cette lettre a commandé un régiment prestigieux. Son fils sert dans la fournaise afghane. Ce témoignage porte sur la responsabilité des chefs, qu’ils soient civils ou militaires.

    De jeunes Français sont engagés au service de leur pays dans le monde entier. Ils affrontent la mort, tous les jours, sur les pistes et dans les villages d’Afghanistan, où la France a déploré, le 6 juillet, son quarante-cinquième mort depuis 2004: l’adjudant Laurent Mosic, du 13e régiment du génie. Sur d’autres théâtres, les risques sont permanents: au Liban, en Côte d’Ivoire, dans les Balkans et même en Guyane, département français, où le 1re classe Julien Giffard vient de donner sa vie au cours d’une mission contre l’orpaillage clandestin.

    Engagé au 1er régiment d’infanterie de Sarrebourg, Julien venait d’avoir 25ans. Le 8 juillet, cet ancien étudiant en histoire était à bord d’une pirogue lorsqu’une embarcation rapide clandestine a forcé le barrage. Tombé à l’eau, porté disparu, le corps de Julien a été retrouvé sans vie le 12 juillet.

     

    De nombreux témoignages indiquent que les militaires éprouvent un certain malaise face à la relative indifférence dans laquelle se déroulent leurs missions les plus risquées. Sur l’Afghanistan, ils comprennent mal aussi le défaitisme ambiant qui semble dominant dans les médias et une partie de la classe politique, comme si le combat était perdu d’avance. Beaucoup pensent que c’est une idée fausse, accréditée à la fois par l’exagération des ratages de l’Otan, par la discrétion sur les progrès accomplis (les transferts de responsabilités entre Occidentaux et Afghans) et par le silence sur les terribles exactions commises par les insurgés. La situation est évidemment difficile. « Si rien n’est encore gagné, rien n’est encore perdu », insistent les militaires, lucides sur les doutes des opinions publiques.

    Ils comprennent mal enfin l’approche purement émotionnelle de responsables politiques qui ne saluent les soldats que quand ils disparaissent, faisant des “morts pour la France” des victimes de simples faits divers. Engagés volontaires, les militaires acceptent tous les risques de leur choix et le poids de leurs responsabilités. Mais ils regrettent parfois que le monde civil ne les assume pas complètement.

    C’est le sens de la lettre adressée par un colonel, dont nous respectons l’anonymat, à son fils, lieutenant engagé en Afghanistan : « Alors que s’étale quotidiennement le spectacle des fauteurs de scandales, économiques, politiques, écologiques et même sportifs, qui n’assument jamais, ou si peu, leur responsabilité, je voudrais te parler de celle qui va être la tienne », écrit-il.

    Sa lettre exprime le sens du devoir dont s’honore la communauté militaire. Elle témoigne de la transmission d’un héritage entre un aîné et un jeune d’aujourd’hui. Elle s’interroge surtout sur le sens de la responsabilité au sein de nos élites.

    " Ta première responsabilité sera celle de commander tes hommes au combat. Facile à dire… mais ce combat que tu vas mener avec eux est tout sauf évident. Tu vas devoir approcher une population qui, de gré ou de force, abrite, soutient et constitue parfois elle-même l’ennemi. Ta responsabilité sera de faire respecter cette population mais d’être aussi en permanence en éveil, de sentir le danger, d’anticiper les pièges pour que tes hommes n’y tombent pas. Pour cela, tu devras appliquer ce que tu t’entraînes à faire depuis des mois. Mais tu vas surtout devoir faire comprendre à tes hommes ce que représente leur combat. Ils ont choisi de te suivre à près de 6 000 kilomètres de chez eux pour se battre et tu vas devoir les mener dans un combat qu’ils auront compris, qui ne les fera pas douter de leur engagement, celui de risquer leur vie et de tuer, quand c’est inévitable.

    Commander, c’est aussi convaincre. Convaincs-les et tes subordonnés convaincront en particulier leurs proches, qui craignent le pire bien sûr. Et toi-même, convaincs-toi que ce combat n’est pas erroné. Tes deux grands-pères ont été officiers en Algérie. Ils ont aussi dû convaincre, et se convaincre, de ce que leur combat était loyal et leur choix juste. Il ne s’agit pas de politique. Il s’agit bien de loyauté, de service, de dévouement et de courage. Il s’agit, en bref, de responsabilité et d’honneur.

    Je ne vais pas te parler de l’honneur. On le met souvent aujourd’hui à n’importe quelle place et je ne voudrais pas donner libre cours à ma colère d’en voir l’emploi qui en est fait par certains pour justifier une grève, un crime ou une émeute. Mais il s’agit bien de cela : ta première responsabilité va être de commander tes hommes au combat en leur insufflant cette conviction qu’ils ne peuvent le mener qu’avec honneur. Et tant pis pour les contradicteurs qui ne comprennent pas ce que l’honneur vient faire dans une guerre dont les justifications et même la légitimité resteraient à démontrer. Cette question n’est pas la tienne.

    Ta deuxième responsabilité sera aussi de promouvoir la politique de la France. Tu vas porter, comme tes chefs, tes camarades et ceux que tu vas commander, les aspirations françaises dans ce qu’elles peuvent avoir de plus fort : l’engagement de ses forces armées. Tu vas en avoir directement la responsabilité parce que l’engagement français, sa justification, sa légitimité, sa justesse seront jugés à l’aune de ton combat.

    Comme beaucoup, tu voudrais peut-être que la France fasse alors plus et mieux pour ses forces armées, qui ne cessent de légitimer sa politique sans jamais y redire ! Tu entends dire que nos dix soldats tués dans l’embuscade d’Ouzbine, le 18 août 2008, doivent sans doute leur mort à la défaillance d’un système militaire que l’État a laissé s’égarer et se faire surprendre ! Tu penses que les équipements, les budgets, les effectifs ne sont pas à la hauteur du service attendu en retour ! Tu constates que les Français font bien peu de cas, sauf, peut-être, quand il s’agit d’enterrer les morts, du combat que toi et tes camarades allez mener !

    Tu as sûrement raison en tout cela. Mais retiens-toi de baisser les bras ni même d’en perdre ton enthousiasme. Tu devras “faire avec”, comme tant de soldats avant toi. Cela ne signifie pas qu’il faudra te taire en permanence. Remplis ta mission avec ce que l’on te donne, sois responsable et assume-le, et tu pourras ensuite, mais ensuite seulement, dire ce qui peut être amélioré. Sois constructif dans tes choix et bats-toi contre le manque d’imagination. Inspire-toi de ce qui peut se faire de bien ailleurs et de ce qui a été bien fait dans le passé pour construire, à ton niveau, les conditions dans lesquelles tes hommes et toi allez vous battre.

    C’est là ta deuxième responsabilité, celle de promouvoir les choix politiques de la France par ton combat et d’améliorer sans cesse la qualité de ce dernier, à ton niveau, par ton imagination et ta ténacité.

    Ces deux responsabilités devraient être celles de tous ceux qui servent la France et les Français. Notre pays ne peut plus se payer le luxe d’avoir des responsables, de tous niveaux, timorés, technocrates, “fonctionnaires” dans ce que cette fonction, pourtant noble, a de plus caricatural. Notre pays engage ses soldats dans des combats qui lui confèrent sa juste place dans un monde qui, n’en déplaise à beaucoup, ne tourne pas seulement autour des salles de marché ou des terrains de foot, mais aussi autour des antagonismes humains dont l’expression la plus extrême est bien la confrontation armée.

    Tu pars en Afghanistan parce que tes hommes ont besoin d’être commandés et convaincus et parce que la France a besoin de ton combat. C’est un choix de prise de responsabilité plus que respectable et qui devrait être mis en valeur. J’espère que les Français soutiendront ta manière de servir et que tes chefs écouteront ce que tu auras à leur dire quand il s’agira de faire le bilan. Sache en tous les cas que tu as le soutien et l’écoute des tiens. " Document présenté par Frédéric Pons

     

    Photo © Marc Charuel