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La Défense cherche trois milliards d'euros

Par Alain Ruello | 18/10 | 16:15

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/air-defense/actu/0202330078981-la-defense-cherche-trois-milliards-d-euros-501795.php

 

Le budget 2013 autorise les militaires à commander pour 12,3 milliards d'euros d'armements l'année prochaine. Sauf que les crédits prévus en 2014 et 2015 ne permettront pas de payer les factures !

DGA

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Même pas encore voté, le budget 2013 du ministère de la Défense provoque déjà des sueurs froides chez les militaires. Et pour cause : son application stricto sensu conduit à une impasse financière cumulée de trois milliards d'euros en 2014 et 2015, c'est à dire sur les deux dernières années de la programmation triennale, selon nos informations.

Pour comprendre comment on peut en arriver là, il faut se plonger dans la technique budgétaire. Le projet de loi de finances 2013 de la mission Défense a alloué 12,3 milliards d'euros d'autorisations d'engagement pour l'équipement des forces (programme 146). Pour les non initiés, cela signifie que l'hôtel de Brienne a le droit de signer (d'engager) pour 12,3 milliards d'euros de contrats avec les industriels de l'armement l'année prochaine.

Les documents officiels donnent un aperçu des commandes prévues, de manière non exhaustive : 3 systèmes de drones tactiques (programme SDTI), 4.400 postes radios de nouvelle génération (Contact), 220 missiles air-sol modulaires (AASM), rénovation des avions de patrouille maritime (ATL2), 5 hélicoptères Cougar, avion de transport et de ravitaillement (MRTT)... De quoi combler quelques manques dans la panoplie de l'armée.

Le hic, c'est que cette liste au père Noël, l'armée n'a pas les moyens de se la payer, et l'état-major le sait très bien. Compte tenu de toutes les commandes déjà passées mais restant à payer, et si les militaires en rajoutent pour 12,3 milliards en 2013, alors il manquera 1 milliard en 2014 et 2 milliards en 2015 sur les 31,5 milliards de crédits de paiements prévus respectivement sur ces deux années pour payer les factures correspondants à tous ces engagements. La seule solution pour que cela passe, serait de ne prendre plus aucune commande ces deux années-là ! Le gel pour 4,5 milliards d'engagements décidé cet été ne change rien à l'affaire car cette mesure était destinée à économiser de la trésorerie cette année et l'année prochaine, pas au-delà.

Des années 2014 et 2015 très difficiles

La DGA, qui est co-responsable du programme 146 avec l'Etat-major, est tellement consciente de l'impasse à venir qu'elle a anticipé les travaux d'écriture de la prochaine loi de programmation militaire, sans même attendre que la commission du livre blanc de la Défense rende une première ébauche de ses réflexions ! « On cherche des solutions. Il faudra probablement renégocier des contrats, ce que l'on n'a pas fait jusque là », confirme un bon connaisseur du dossier. L'autre solution, évidemment, c'est de ne pas passer ces 10 milliards de commandes, ou en tout cas bien moins. C'est très probablement ce qui se dessine.

Contacté, le cabinet de Jean-Yves Le Drian minimise le risque de trou de trésorerie. Son argument ? Le montant des engagements prévus dans le projet de loi de finances 2013 dépendra des conclusions du livre blanc et du contexte économique global. En clair, entre le budget voté et son exécution, il y aura forcément une différence. Les parlementaires apprécieront... Qui plus est, ajoute-t-on au sein du ministère, les 31,5 milliards d'euros prévus pour 2014 et 2015 constituent une enveloppe globale. En d'autres termes, toutes les lignes budgétaires de la mission défense seront mises à contribution, et pas seulement l'équipement des forces.

Si le premier argument est vrai, le second l'est moins car, entre salaires, équipement, dissuasion, entraînement ou encore maintenance des matériels, les grandes masses du budget de la Défense sont connues et ne varient pas de manière spectaculaire. C'est en fonction de ces grandes masses que les militaires sont arrivés à la conclusion qu'il pourrait manquer 3 milliards sur le seul programme armement.

La conclusion s'impose d'elle même : les annuités 2014 et 2015 s'annoncent très difficiles car, à la différence de celles qui ont précédé, le ministère de la Défense ne peut plus compter sur les recettes exceptionnelles tirées de la vente des fréquences hertziennes pour arrondir les fins de mois. Il y a bien encore de l'immobilier à vendre, mais cela reste encore très hypothétique. A moins d'une reprise économique miracle, l'armée française dans son format actuel vit ses derniers mois...

ALAIN RUELLO .

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