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    Immigration – La nouvelle lettre ouverte du Général Martinez au Président de la République

    Curieux qu'avec tant de photographes autour, ces scènes de franche camaraderie n'aient pas plus d'écho…
     

    Source : Médias-Presse-Info
    Un texte lucide, argumenté, mesuré et pour cela d’autant plus inquiétant sur la crise majeure que nous vivons actuellement avec l’invasion migratoire.

    Le général Antoine Martinez avait déjà adressé une Lettre ouverte au Président de la République en réponse à son discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du musée de l’immigration. Et le voilà qui remet ça avec la même audace.

    Monsieur le Président de la République,
    général-MartinezPhotoLui
    Vous pardonnerez mon insistance qui n’a rien d’impertinent, mais qui traduit la réaction d’un citoyen très inquiet et sidéré devant le déferlement auquel nous assistons, entraînant l’Europe à la dérive en raison de l’absence de clairvoyance et de lucidité des dirigeants européens.
    En fuyant le réel, en baignant dans l’hypocrisie, les bons sentiments et la bonne conscience, on est en train de livrer l’Europe à une nouvelle forme de soumission et de totalitarisme de la pire espèce qui la conduira à son malheur et donc au malheur de ses peuples.

    Il aura, en effet, suffi d’une mise en scène et d’une exploitation médiatique bien orchestrées de cette photographie du corps sans vie d’un enfant mort noyé et de l’émotion suscitée par ce drame auquel personne ne peut rester insensible pour faire voler en éclat le système de contrôle aux frontières de l’Europe qui constitue pourtant la base de l’état de droit auquel sont attachées les démocraties européennes.
    Ce piège de l’émotionnel tendu qui a conduit Mme Angela Merkel à faire une déclaration intempestive sinon irréfléchie – en tout cas désastreuse et que vous vous êtes empressé de suivre – a enclenché un processus dévastateur qui risque non seulement de ruiner des décennies d’efforts consacrés à la construction de l’Union européenne, menacée aujourd’hui de division face à ce phénomène migratoire incontrôlé, mais également de mettre en péril, à terme, la démocratie et la sécurité des peuples européens et par conséquent du peuple français.
    Prenons garde à cette tyrannie de l’affect, de surcroît frappée de soumission incompréhensible aux sirènes de la culpabilisation que distillent avec constance des médias passés maîtres dans la théâtralisation compassionnelle et la manipulation coupable. Elle est, en effet, la plus pernicieuse conseillère qui soit, surtout pour un responsable politique, car ce dernier est investi d’une mission impliquant des prises de décisions qui ne doivent pas être influencées par l’émotion.

    L’observateur attentif à l’évolution des rapports de force dans le monde que je suis, soucieux des intérêts de la France et de la paix sur notre continent, ne peut être qu’effaré aujourd’hui devant les réactions des responsables politiques européens face aux événements que nous vivons.

    Il est, en effet, attristant de constater que dans la conduite des affaires du monde ils ne semblent aucunement penser, dans leurs réflexions ou dans leurs prises de décisions, en termes de géopolitique. Penser géopolitique est pourtant essentiel lorsqu’on a la responsabilité de la destinée d’un pays. Car on ne fait pas de politique avec de bons sentiments.
    On peut le regretter, mais c’est ainsi.
    Or, à vouloir traiter la crise actuelle sous le seul angle humanitaire – sans en avoir anticipé les effets pourtant prévisibles depuis plusieurs années – en négligeant son aspect géopolitique qui doit être prioritaire, certains des dirigeants européens n’imaginent même pas les conséquences de la catastrophe qui se prépare avec son cortège de désolation, de sang et de larmes.
    Car la crise actuelle est bien géopolitique et son aspect humanitaire avec ses drames n’est qu’une arme utilisée par ceux qui ont programmé et qui organisent cette invasion. Et cette dernière constitue en réalité une attaque sans précédent des nations européennes, visant dans une première étape, la déstructuration en profondeur de nos sociétés et de leurs valeurs avec une autre arme redoutable, la démographie.
    La stratégie appliquée consiste à utiliser nos médias qui font l’opinion pour culpabiliser l’Europe et affaiblir, sous la pression, les capacités de réaction des dirigeants européens. Il n’y a que ces derniers, à l’exception de quelques-uns, pour ne pas le comprendre.
    Alors, devant l’impuissance et l’incompétence démontrées par l’Union européenne, non seulement dans la gestion de cette crise, mais surtout dans son anticipation dès le début de l’année 2011 à la suite du « printemps arabe », il faut évoquer des questions légitimes que les dirigeants européens, tétanisés, paralysés par l’ampleur du phénomène, incapables d’affronter la réalité avec lucidité, n’osent pas ou ne veulent pas aborder. Pourtant, il y a urgence. Ce sont, en effet, les fondements mêmes de l’Europe qui sont mis en cause.

    Tout d’abord, s’agissant de ces migrants, qui sont pour l’immense majorité non pas des réfugiés, mais des clandestins économiques, ce sont pour la plupart des hommes jeunes qui ne sont pas tous issus de pays en guerre et qui se montrent déjà vindicatifs et menaçants.
    Les médias se gardent bien de montrer ces scènes ahurissantes où ils manifestent déjà leur mécontentement par des comportements agressifs qui ne correspondent pas à ceux de réfugiés accablés fuyant le chaos. Alors certes, la guerre est aujourd’hui le lot quotidien de certains pays, mais la situation s’est aggravée depuis l’instauration de l’État islamique qui massacre les Chiites, les Chrétiens, les Yézidis, les Kurdes et qui a institutionnalisé l’esclavage sexuel des femmes non musulmanes, ce qui n’émeut apparemment personne.
    On peut d’ailleurs s’étonner que vous puissiez tolérer sur notre propre sol un salon consacré à la femme musulmane où il n’est question que de soumission de cette dernière à la volonté de l’homme qui doit la battre si besoin.

    Ensuite, et ce point essentiel doit interpeller les responsables européens, tous ces migrants arrivent de pays façonnés par l’islam où les non-musulmans sont, au mieux discriminés et humiliés, au pire massacrés ou chassés. Mais que ces pays musulmans soient en guerre ou pas, leurs peuples vivent pour la plus grande partie dans la misère. Et cette dernière, il faut le dire, est la conséquence de leur culture qui les y maintient depuis plus d’un millénaire en les plongeant dans l’obscurantisme et la violence. Ils ont ainsi accumulé des siècles de frustration et de ressentiment à l’égard de l’Occident.
    D’ailleurs, pendant que des centaines de milliers de migrants déferlent sur le sol européen, des containers d’aide aux « réfugiés » bourrés d’armes et de munitions ont été découverts dans un cargo arraisonné par les gardes-côtes grecs. Il venait de quitter le port turc d’Iskenderun le 29 août et venait de Libye. On peut aisément imaginer l’usage auquel elles étaient destinées.
    Par ailleurs, les frères musulmans et les salafistes présents sur le territoire européen travaillent déjà depuis plusieurs mois au recrutement parmi les jeunes migrants.

    Des jours douloureux nous attendent donc, car cette culture est incompatible avec la nôtre. Entre le message des Évangiles qui a imprégné les peuples européens et celui du Coran, il y a un fossé infranchissable. Cette antinomie est d’ailleurs démontrée chaque jour, et avoir accepté depuis plusieurs décennies une immigration musulmane, dans une société occidentale laïcisée qui a pour fondement le christianisme, sans exiger en contrepartie sa soumission à nos lois, à nos valeurs, à nos traditions et à notre mode de vie, est une folie.
    Ne plus contrôler nos frontières aujourd’hui face à ce déferlement est donc suicidaire et criminel à l’égard des peuples européens.

    Quant aux réunions qui se succèdent sans véritable résultat sur la lutte contre les passeurs ou sur la répartition de ces migrants qui affluent, elles démontrent le décalage qui existe entre la passivité des dirigeants européens, à présent divisés et indécis, car dépassés par les événements, et la réalité sur le terrain qui nécessite la prise de décisions immédiates qui ne viennent cependant pas pour tarir ce flux migratoire aux points d’entrée de l’Europe, ou plus exactement aux points de départ c’est-à-dire la Turquie et la Libye.

    Car les vrais passeurs sont aujourd’hui des États : Libye, Turquie, financés par l’État islamique qui organisent cette invasion. D’ailleurs, tout du trafic migratoire au Moyen-Orient et en Méditerranée est connu depuis plusieurs mois grâce à l’excellent travail de nos services de renseignement.
    Tout est connu des flux, des modes opératoires et des stratégies des passeurs, y compris du suivi de la préparation des départs pour l’Europe.
    Il en est de même des départs à partir, par exemple, des plages de Tripolitaine et de Cyrénaïque, en Libye, puisque c’est à ce moment-là que les passeurs appellent le centre de coordination italien des secours maritimes pour que les bateaux européens les recueillent au plus près des côtes libyennes.
    Il est donc ahurissant que les responsables politiques, disposant de renseignements d’une telle précision et actualisés en permanence pour faciliter leurs prises de décisions, restent depuis des mois aussi passifs, voire facilitent le travail des passeurs.

    Ainsi, avec la poursuite des guerres qui frappent le Moyen-Orient et l’Afrique, et surtout la radicalisation qui touche l’ensemble du monde musulman, le déferlement n’est pas près de s’arrêter en raison de la paralysie incompréhensible des dirigeants européens face à ce phénomène.
    L’État islamique l’a bien compris puisqu’il est l’un des instigateurs de cette invasion organisée à laquelle il participe activement pour déstabiliser l’Europe en usant de l’arme démographique tout en infiltrant des milliers de djihadistes. Quand on connaît sa détermination, on ne peut être que consterné par tant d’aveuglement et de déni de réalité de la part des dirigeants européens, et donc français. L’État islamique fait ce qu’il a annoncé il y a déjà plusieurs mois. Il avait menacé l’Europe en lui promettant 500 000 migrants en 2015. Nous y sommes aujourd’hui, et l’année n’est pas terminée.

    La situation est grave. Il ne s’agit pas d’une crise comme une autre. Il s’agit, en fait, d’une menace sérieuse qui porte sur la mise en danger non seulement de ce qu’il y a de plus sacré, de profond et de charnel pour un peuple, une nation, à savoir son identité, mais également de la vie des citoyens qui est menacée, car cette immigration est porteuse de tout ce qui a fait son malheur, c’est-à-dire la culture de mort qu’elle véhicule et qu’elle cherche à imposer aux autres.
    Alors bien sûr, notre devoir – et c’est notre culture chrétienne qui nous a enseigné la charité et l’accueil de celui qui souffre qui nous le commande – est d’accueillir les opprimés et ceux dont la vie est en danger. La France l’a toujours fait et son peuple est généreux.
    Qu’un ministre de la République ait osé affirmer, il y a peu, qu’« évoquer les racines chrétiennes de la France, c’est faire une relecture historique frelatée qui a rendu la France peu à peu nauséeuse » me semble donc indécent pour trois raisons : c’est renier, voire nier les racines du peuple français et de cette France généreuse que nous aimons ;
    c’est également ne pas avoir compris que c’est précisément la chrétienté qui a enfanté les droits de l’Homme et est à l’origine de la laïcité en ayant su séparer le pouvoir spirituel du pouvoir temporel, ce que refuse l’islam ;
    c’est enfin faire œuvre de christianophobie en favorisant l’instauration d’une christianophobie d’État, tout en flattant et en encourageant ceux qui, présents sur notre territoire, se réclament d’un islam conquérant.

    Notre amour du prochain, qui d’ailleurs est à l’opposé de ce que prône l’islam, ne doit cependant pas nous empêcher de rester lucides et de penser à l’avenir de nos peuples européens. Car si l’on prend l’exemple des migrants syriens, pas un n’a entamé son périple en quittant le sol de la Syrie en guerre.
    Ils l’ont fait à partir de la Turquie où ils vivaient depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, pour certains peut-être dans des camps de réfugiés, mais à l’abri de tout danger. Et que dire des migrants irakiens, en âge de combattre, qui laissent derrière eux des femmes yézidies prendre les armes pour résister aux barbares de l’État islamique.

    De nombreuses questions doivent donc être posées qui méritent une réponse. Car on peut s’étonner que les forces armées des nations européennes n’aient pas été mises à contribution, dès le début de l’année 2011, dans une gestion préventive d’une crise pourtant prévisible, par la mise en place d’une force maritime européenne assurant une surveillance et un blocus au plus près des rives sud et orientale de la Méditerranée. On ne peut que s’indigner que cela n’ait pas été fait au moins dans l’urgence au début de cette année.
    Il en est de même avec les frontières terrestres entre la Grèce et la Turquie. À quoi sert l’Union européenne si elle est incapable de protéger ses frontières et donc ses citoyens ?

    Pourquoi, depuis des mois, n’a-t-on pas pris l’initiative d’une convocation du Conseil de sécurité des Nations unies, dont la France est pourtant un membre permanent – car ce problème n’est pas européen, mais mondial – pour proposer d’une part un plan d’action impliquant les nombreux pays d’où sont originaires des clandestins économiques qui doivent être renvoyés, et d’autre part pour aboutir à un accord sur la constitution d’une coalition armée pour combattre l’État islamique au sol ?
    Car, soyons réalistes, les bombardements aériens, et en particulier les nôtres, ne changeront rien à la situation s’ils ne sont pas suivis d’une reconquête terrestre avec pour but de guerre l’anéantissement de l’État islamique. Ils ne feront qu’accentuer les actions terroristes sur notre sol qui ne vont pas manquer de se produire.
    Nous avons perdu suffisamment de temps et il faudra bien, très rapidement, discuter, d’une part avec la Russie, incontournable, qui profite des hésitations de l’Occident pour affirmer sa puissance et se placer au centre du jeu, d’autre part avec la Syrie et avec d’autres. Car si cette dernière tombe, c’est le Liban et la Jordanie qui seront les prochaines cibles de l’État islamique.

    Enfin, avec l’accueil de dizaines de milliers de migrants, comment la France pourra-t-elle supporter encore plus de misère et de paupérisation de la société alors qu’elle doit déjà faire face à un chômage de masse avec ses 3,6 millions de chômeurs officiels (en réalité au moins 5 millions), à ses 8 millions de pauvres, sans compter le coût annuel exorbitant de l’immigration et alors que le gouvernement racle les fonds de tiroir pour boucler le budget ?

    Comment ne pas être scandalisé par le comportement de ses gouvernants successifs qui, en toute illégalité, enfreignent sciemment et lâchement la loi en n’expulsant pas chaque année les dizaines de milliers de déboutés du droit d’asile ni les clandestins ?
    Si on veut – et on doit – accueillir des réfugiés, il faut expulser ceux qui n’ont pas vocation à rester sur notre territoire. Certains ne cessent d’évoquer l’état de droit républicain alors qu’ils le bafouent allègrement. Cela dit, ces mêmes procureurs de la pensée confondent souvent république et démocratie oubliant qu’en démocratie les gouvernants ne sont que les fondés de pouvoir d’un souverain. Et ce souverain s’appelle le peuple.
    Or, ce dernier est totalement ignoré, pour ne pas dire méprisé, ce qui est désespérant et révoltant. Il serait légitime qu’il s’exprime. C’est précisément l’objet de ma démarche qui me conduit à m’exprimer aujourd’hui, respectueusement et en toute humilité, mais avec résolution.

    Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

    Général (2 s) Antoine Martinez

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    « Rebâtir la France », l’ambitieux projet du général Didier Tauzin

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    LE RECLUS DE SAINTE-HÉLÈNE

    Le reclus de Sainte-Hélène

    Octobre 2015. Brumes froides et vents violents enveloppent l’île comme au temps de l’Empereur.© Alfred de Montesquiou
    Le 26 octobre 2015 | Mise à jour le 25 octobre 2015
    DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINTE-HÉLÈNE ALFRED DE MONTESQUIOU

     y a deux siècles, le 15 octobre 1815, Napoléon débarquait sur l’île qui deviendra son tombeau.

    Elle surgit au milieu de nulle part dans la pénombre du petit matin. Une longue silhouette émergeant de la brume, comme un corps allongé sur le dos, flottant sur l’étendue infinie de l’Atlantique Sud. « Un catafalque de rochers », « roc hideux, débris des antiques volcans », écrivent Chateaubriand et Victor Hugo qui n’y ont pas mis les pieds. C’est précisément ainsi que Napoléon aperçut Sainte-Hélène au matin du 15 octobre 1815. Il aborda l’île par le sud, comme le fait à présent le Royal Mail Ship « St. Helena ». Dernier bateau postal au monde et seul lien des Héléniens avec l’extérieur, il met cinq jours de haute mer pour venir, une fois par mois, livrer cargo et passagers depuis l’Afrique du Sud. Le « Northumberland » avait mis soixante-dix jours depuis l’Angleterre.

    A lire aussi: Bicentenaire de Waterloo, la passion Napoléon

    A bord, tous guettaient le mot historique de l’empereur déchu découvrant le terme de son exil. Mais il se contenta d’observer les contours tourmentés de l’île-prison avec sa lunette d’Austerlitz… et retourna dans sa cabine ruminer en silence. Mme Bertrand, femme d’un des généraux qui avaient choisi de le suivre, déclara à sa place : « C’est le diable qui a chié cette île en volant d’un monde à l’autre. » Le lendemain, embarquant dans la chaloupe qui l’amène à terre, Napoléon constate enfin : « Ce n’est pas un bien joli séjour, j’aurais mieux fait de rester en Egypte. » Il y serait devenu, affrmait-il, « l’empereur de tout l’Orient ».

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    Le pavillon des Briars, où Napoléon passa ses premiers mois d’exil.© Alfred de Montesquiou

    Aujourd’hui, c’est toujours en chaloupe qu’il faut aborder : il n’y a aucun port. Comme Napoléon, ceux qui accostent doivent ensuite passer sous la porte fortifiée, seul point d’accès à Jamestown. La minuscule capitale n’a pratiquement pas changé depuis qu’il y fit ses premiers pas, sous le regard médusé des habitants regroupés dans l’une des deux seules rues pour observer « l’ogre », le pire ennemi de l’Angleterre. Le temps semble presque immobile à Jamestown, une sorte de langueur prisonnière de cette vallée que compriment deux grosses montagnes de basalte. Comme une ville Playmobil, la capitale lilliputienne concentre dans un mouchoir de poche toutes les fonctions d’un Etat moderne. A l’ombre des grands ficus, le tribunal, le commissariat, le musée, l’église et le siège du gouvernement tiennent tous derrière les murs de la forteresse portant le blason de la Compagnie des Indes orientales, qui géra pendant plusieurs siècles cette concession de la Couronne. C’est d’ailleurs à cette technicité juridique, autant qu’à son terrible isolement, que Napoléon doit d’avoir terminé ses jours à Sainte- Hélène. L’« habeas corpus » et le reste des règles de droit britannique n’avaient pas cours ici, permettant d’enfermer à perpétuité – sans jugement ni recours – un homme qui n’a jamais été jugé pour aucun crime.

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    La chambre mortuaire, avec des répliques du manteau de Marengo et du bicorne.© Alfred de Montesquiou

    On raconte que l’ex-Premier ministre Tony Blair aurait dévoilé la ficelle à George Bush, qui s’en inspira pour créer la zone de non-droit du camp de prisonniers américain de Guantanamo, sur l’île de Cuba… Vaincu à Waterloo en juin, espérant d’abord fuir en Amérique pour y devenir explorateur, Napoléon a fini par se rendre aux Anglais au large de Rochefort. Traumatisés par son retour triomphal de l’île d’Elbe l’année précédente, tous les alliés d’Europe l’envoient alors au bout du monde, persuadés qu’il y mourra d’ennui. Mais, envers et contre tout, c’est à Sainte- Hélène que Napoléon va mener sa dernière bataille – victorieuse cette fois-ci : celle de la mémoire. En officier d’artillerie qu’il était, il prépare méticuleusement son combat et manoeuvre pour contourner son image de dictateur, puis pour s’établir en victime. A ses compagnons, il livre son plan d’attaque dès l’arrivée à Sainte-Hélène : « Après avoir porté la couronne impériale de France et la couronne de fer d’Italie… il ne me reste plus qu’à ceindre la couronne d’épines » et devenir aux yeux de l’opinion le nouveau Christ crucifié par les monarchies réactionnaires et l’oligarchie britannique. Ainsi consacre-t-il les cinq dernières années de sa vie à définir son image pour la postérité. D’abord sur le bateau pendant la traversée, puis dans le pavillon des Briars, où il passa deux mois après son arrivée, et enfn à Longwood, où il vécut presque reclus, encerclé de soldats anglais.

    « NOUS N’AVONS DE TROP ICI QUE DU TEMPS » SOUPIRE NAPOLÉON

    « On peut dire que cette maison est devenue une véritable usine à souvenirs », affrme Michel Dancoisne-Martineau, consul honoraire de France à Sainte-Hélène et conservateur des domaines nationaux sur l’île. « Tous les jours, Napoléon dictait, pendant plusieurs heures, à ses différents compagnons qui guettaient chacune de ses bonnes paroles puis couraient dans leur chambre les retranscrire dans leurs carnets. » Choisi pour son positionnement stratégique, facilement observable par la garnison anglaise, le plateau de Longwood offre certainement la pire situation de l’île. Le joli jardin à la française dessiné par Napoléon au début de sa captivité se trouve presque chaque jour noyé dans les nuages. Et lorsque ceux-ci s’effilochent, c’est que les vents du sud-est se remettent à souffer au plus fort. Au fil des années, le prisonnier fnira par se cloîtrer volontairement, ne sortant quasiment plus de la maison. Sur la fin, dépressif et souffrant d’un cancer de l’estomac, il est transporté dans le petit salon, pièce la moins humide de Longwood. L’horloge y marque toujours 5 h 50, moment où il rendit son dernier soupir, le 5 mai 1821, tenant entre les mains le crucifix de sa mère, Letizia.

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    Octobre 2015, pour la première fois, la marine anglaise rend les hommages militaires à Napoléon. Avec les enfants de l’île.© Alfred de Montesquiou

    Depuis, rien n’a vraiment changé dans cette étrange maison, sorte de ferme glorifiée que le proscrit s’obstinait à vouloir transformer en palais, imposant à sa suite la stricte étiquette de la cour impériale. Ensemble tortueux, davantage fait de couloirs et de recoins que de pièces, Longwood semble encore imprégné de ces cinq années d’inexorable ennui. L’Empereur vit chichement dans sa prison sans barreaux. « Nous n’avons de trop ici que du temps », déclare-t-il à ses compagnons d’infortune, trois généraux et un conseiller d’Etat, ainsi que leurs familles. Intrigues, bouderies et sifflement constant du vent laissent les nerfs à vif : les courtisans fniront par se détester au fil de l’interminable huis clos. Dans l’enfilade des petites pièces en clair-obscur, on peut encore deviner les silences pesants, les heures qui s’étirent, scandées de chuchotements et de parquets qui grincent. Cette grande maison sans étage, construite à la va-vite, qui sent l’humidité et les effluves poivrés de bois tropical, respire l’atmosphère de l’exil.

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    Réunion des membres du Conseil de Sainte-Hélène, à la fois Parlement et gouvernement d’une île qui compte aujourd’hui 4 200 habitants.© Alfred de Montesquiou

    « Elle paraît presque hantée ou, disons, habitée par une très forte présence : c’est profondément émouvant de la visiter », affirme l’ambassadeur Jean Mendelson, venu signer, au nom du ministère des Affaires étrangères, un accord avec les autorités de l’île pour la gestion de Longwood et des 15 hectares d’enclaves françaises à Sainte-Hélène. C’est le propre fils de Napoléon, le comte Walewski, qui, ambassadeur à Londres, signa en 1858 l’acquisition du domaine par la France. Rongée d’humidité, mangée par les termites, la maison de Longwood a été entièrement restaurée pour un budget de 2,3 millions d’euros, dont 1,5 million financé par souscription nationale grâce à la Fondation Napoléon. « L’importance de cette souscription souligne l’attachement que beaucoup Français éprouvent encore pour le personnage », affrme l’historien Thierry Lentz, directeur de la fondation. Venus spécialement de Paris avec un groupe de 22 inconditionnels de l’empire – les « compagnons de l’Aigle » –, l’ambassadeur et le spécialiste de l’histoire napoléonienne vont passer une semaine dans divers galas, réceptions et cérémonies pour célébrer le bicentenaire de l’exilé sur l’île. Une chorale locale est même allée jusqu’à chanter « La Marseillaise » avec un délicieux accent British tandis que l’actuel gouverneur déposait une gerbe de fleurs au pied du tombeau de l’Empereur.

    125 SOLDATS MONTAIENT LA GARDE CHAQUE NUIT SOUS LES FENÊTRES DE L’EMPEREUR

    La tombe est pourtant vide depuis que son corps fut rapatrié aux Invalides en 1840. Mais surtout elle ne porte aucun nom, Français et Anglais refusant de s’accorder sur la formule. Les Français voulaient « Empereur Napoléon… », Hudson Lowe, le gouverneur de l’époque, « Général Napoléon Buonaparte ». C’est la dernière mesquinerie d’un geôlier paranoïaque et tyrannique qui avait tout fait pour rendre misérable l’existence de son prisonnier. Les deux se haïssaient et ne se virent qu’une poignée de fois en cinq ans. Lowe installa 3 000 soldats sur l’île, dont 1 000 de garde en permanence pour encercler Longwood sur un périmètre de 7 kilomètres. Chaque nuit, 125 soldats devaient monter la garde sous les fenêtres de l’Empereur. Le vaincu devait aussi se montrer chaque jour à un officier britannique chargé de vérifier qu’il n’avait pas tenté de s’échapper. Et pour prévenir toute évasion – il n’y en eut aucune –, deux navires patrouillaient au large en permanence, faisant chacun le tour de l’île en sens inverse.

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    Une tombe sans nom. Et désormais vide depuis le transfert des cendres de l’Empereur aux Invalides, en 1840.© Alfred de Montesquiou

    Le gouverneur interceptait et lisait toutes les lettres. Il plaçait des espions partout parmi les 70 domestiques qui servaient le reclus français, et confisquait tous les courriers adressés à l’Empereur plutôt qu’à Bonaparte. Un sympathisant tenta d’envoyer une mèche de cheveux du roi de Rome, fils de Napoléon et de Marie-Louise. Fou de rage, le gouverneur s’en aperçut et la fit confisquer. Dans un accès de colère, il ft aussi bastonner une unité de soldats anglais qui s’étaient permis d’acclamer le passage de l’Empereur lors d’une de ses rares promenades… C’est à cet homme que Napoléon doit d’avoir vécu l’enfer à Sainte-Hélène, qu’on pourrait sinon voir plutôt comme un îlot paradisiaque. Si le plateau de Longwood est exposé aux pluies et aux vents les plus violents, la meilleure partie de l’île est en fait spectaculairement belle en ce début de printemps austral.

    D’un vallon à l’autre, on passe d’une forêt tropicale à une gorge désertique et d’une colline couverte d’ajoncs ou de fougères à un rivage odorant de maquis provençal. Les téléphones portables n’ont fait leur apparition sur l’île que deux semaines avant notre arrivée et Internet reste chancelant. Les rares routes sinuant à flanc de vallon ne sont qu’à une seule voie, interdisant à deux voitures de se croiser, et les habitants saluent chacun de ceux qu’ils rencontrent, y compris les quelque 2 000 touristes annuels. Beaucoup craignent que cette indolence disparaisse avec l’aéroport en construction qui reliera Sainte-Hélène au reste du monde. Un chantier colossal de 250 millions de livres. Les premiers vols sont prévus en février prochain. « Cet aéroport, c’est un immense bouleversement pour nous », explique Mark Capes, le gouverneur de l’île et lointain successeur de Hudson Lowe. « Mais je pense que c’est ce qui arrive de plus positif à Sainte-Hélène depuis Napoléon. »Octobre 2015. Brumes froides et vents violents enveloppent l’île comme au temps de l’Empereur.

    © Alfred de Montesquiou
    Le 26 octobre 2015 | Mise à jour le 25 octobre 2015
    DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINTE-HÉLÈNE ALFRED DE MONTESQUIOU
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    Fondation Napoléon

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    DANCOISNE-MARTINEAU MICHEL, CHRONIQUES DE SAINTE-HÉLÈNE. ATLANTIQUE SUD

    © Perrin

    © Perrin

    Résumé / Avis : “Durant l'exil de l'Empereur, l'envers du décor et les dessous du petit monde de Sainte-Hélène, croqués à la pointe sèche."
    Lorsque, en octobre 1815, Napoléon et sa suite, avec la garnison anglaise préposée à sa surveillance, débarquèrent sur un îlot rocheux et inaccessible de l'Atlantique Sud, la petite histoire tranquille et entêtante de la colonie fut bousculée par l'irruption inattendue de la grande. Cette dernière est désormais bien connue. Michel Dancoisne-Martineau en prend le contre-pied, en entrant dans l'intimité de ceux qui ont été mêlés, parfois de très loin, aux affaires de la retentissante captivité : voici, outre le terrible Hudson Lowe, le très original révérend Boys, le « juif » Solomon, pl'impertinente Betsy Balcombe, le maître d'hôtel Cipriani, les esclaves employés sur l'île, les Chinois de la Comagnie des Indes, les prostituées de la prison, et tout un microcosme digne de la comédie humaine, battu par la mer, assommé par l'isolement et l'inaction, tandis que passent, en fond de tableau, les premiers rôles et l'ombre fugitive du Grand Homme. 

    Cinquante-quatre historiettes, nourries par les archives pour l'essentiel inédites de la capitale Jamestown, sont autant de scènes de genre qui recréent ce que l'historien a toujours du mal à saisir, l'air et le goût du temps. 
     
    L'auteur : Consul honoraire de France, conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène, Michel Dancoisne-Martineau y vit depuis trente ans. Personne ne connaît mieux que lui l'histoire, la géographie et les traditions de son île.
    A l'occasion de la sortie de son ouvrage, il nous parle de ses fonctions et du travail de recherche et d'écriture des Chroniques, ainsi que de l'opération "Sauver la maison de Napoléon", lancée en novembre 2010 par la Fondation Napoléon et le Souvenir napoléonien.

    Lieu et maison d'édition : Paris, éditions Perrin

    Année de parution : 2011

    Nombre de pages : 360 p.

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    Robert Ménard s’adresse aux légionnaires

    Le lieutenant-colonel Nicolas Dufour avait choisi Béziers pour la cérémonie de remise des képis blancs aux légionnaires de la compagnie d'engagés volontaires du 4ème régiment étranger. A cette occasion, Robert Ménard, maire de Béziers, a prononcé une belle allocution à la gloire de la Légion étrangère.

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     Bonjour à tous,

    Je suis très heureux de partager avec vous ce moment exceptionnel pour vous tous, qui coiffez désormais ce képi blanc chargé de tant de symboles !
    Oui, c’est un jour où votre vie bascule. Avec ce képi blanc, ce képi tant acclamé par les foules, ce képi que vous avez su mériter, vous entrez dans un corps légendaire. Et je n’oublie pas qu’on n’entre pas comme ça dans la Légion. À rebours d’une société où certains voudraient que tout se vaut, ici, seuls les meilleurs sont récompensés. La sélection est rude, un candidat sur huit seulement est reçu dans cette élite militaire, dans cette élite de l’armée.
    Et ce n’est pas un hasard, car depuis bientôt deux siècles, la Légion étrangère écrit une histoire faite de sueur, de sang et d’honneur ! À travers ses exploits, à travers la bravoure absolue de ses hommes, la France est honorée… et redoutée partout dans le monde. Par vos sacrifices, le Drapeau flotte haut et fort dans le ciel de nos combats. Les ennemis qui doivent affronter la Légion savent que le prix à payer sera lourd, extrêmement lourd.
    Mais, loin des champs de bataille, la Légion remplit une autre mission pas moins glorieuse : elle est l’un des derniers lieux où l’on fabrique encore des Français ! De vrais Français.
    En effet, à l’heure où le verbe fatigué des politiciens ne sait plus dissimuler leur échec, chez vous, l’intégration se porte à merveille ! Sous l’uniforme légionnaire, Français de souche et Français de cœur se retrouvent unis comme les doigts de la main pour défendre nos couleurs.
    Dans votre institution, pas de débat, pas de causeries sans issue sur la Nation. Vous l’aimez, un point c’est tout. Vous la défendez, jusqu’au bout de vous-mêmes. Sans broncher, même face au vent contraire. L’auteur du Mémorial de Sainte Hélène, Las Cases, pourtant espagnol d’origine, disait se sentir « fanatiquement français ». Vous comprenez, vous partagez – je le sais – ce sentiment.
    Par le sang versé, les nombreux étrangers qui composent vos troupes peuvent devenir pleinement Français au regard de la loi. On est loin des bouts de papiers qui rendent automatiquement français certains de nos pires ennemis ! Vous, la France coule dans vos veines, la France brille dans vos regards.
    Nouveaux légionnaires, j’espère que vous en avez conscience, vous êtes les soldats de l’immuable, les soldats de la tradition. Véritable baromètre de l’histoire du monde, votre grande famille accueille parfois des réprouvés, des vaincus mais la magie opère dans les plis du patriotisme.
    Comme tous les Français, voir défiler la Légion m’émeut profondément. Comment ne pas être pris aux tripes devant ces hommes qui sont prêts à faire don de leur vie pour la grandeur de notre patrie ? À une époque où tout s’achète, où tout se vend, nos légionnaires prouvent qu’il existe encore une avant-garde sur le front de l’esprit français.
    Nouveaux légionnaires, que votre exemple nous serve de leçon ! Honneur à votre engagement !
    Vive la Légion ! Vive la France !

    Robert Ménard