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    La Corse et l’islam : une haine millénaire ...

     

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    Les relations entre l’Islam et la Corse sont très anciennes et remontent à plus de mille ans. Ces relations n’ont jamais été fraternelles et pacifiques mais durant des siècles belliqueuses et emplies de haine. Il faut rappeler que plus de 30 000 Corses, hommes, femmes et enfants ont été « razziés » durant plus de trois siècles sur les côtes corses par les barbaresques musulmans à la solde de l’Empire Ottoman basé en Algérie et les nombreuses tours pisanes et génoises construites sur le littoral corse témoignent de la persistance et de l’importance du danger au cours des siècles. Ces sentinelles de pierre assuraient la surveillance permanente du littoral avertissant les populations de l’arrivée  des sarrasins pour qu’ils puissent fuir dans les montagnes.

    Certaine zones de Balagne et du golfe du Valinco ont été même islamisées durant plusieurs décennies. C’est l’intercession de l’Impératrice du Maroc, Davia Franceschini, très belle jeune femme capturée par les barbaresques sur les côtes de Balagne et devenue l’épouse du Sultan qui a fait arrêter ces incursions vers la Corse avec l’aide de son compatriote Napoléon.

    L’Islam a commencé à s’installer durablement en Corse avec l’arrivée des pieds noirs qui les engageaient à l’instar des pratiques en Algérie comme travailleurs agricoles. Durant plus d’une décennie il n’y avait que des hommes. A partir de 1976 ces travailleurs, pratiquement tous originaires des mêmes provinces marocaines, ont pu faire venir leurs familles. Le développement économique de la Corse a pu aussi offrir de nombreux postes subalternes aux ressortissants marocains venus s’installer dans toutes les zones agricoles de Corse mais aussi dans les cités urbaines en plein essor démographique. A tel point que des communes comme Ghisonaccia ou Porto Vecchio sont peuplées en 2016 par plus de 35% d’habitants d’origine maghrébine. Les pratiques religieuses se sont cantonnées à l’origine dans de toutes petites salles mais l’accroissement rapide de la population musulmane a suscité l’arrivée d’Imams pratiquement tous originaires du Maroc.

    Les prêches se faisaient uniquement en langue arabe et sont toujours pratiqués ainsi dans la plupart des lieux de culte.

    La Corse n’a pas de mosquées mais certaines salles de prières dépassent maintenant les deux cent pratiquants le vendredi. A partir de la fin des années 80, le hijab qui n’était porté surtout que par des vieilles femmes musulmanes plus par tradition que par conviction a commencé à se propager chez les jeunes filles et les jeunes femmes qui n’avaient connu que la Corse comme lieu de vie permanent. Puis dans les années 2000 sont apparues les premières tenues intégrales et les premières revendications pour les repas de substitution dans certaines écoles. Le phénomène était bien moins visible que sur le continent mais les interdits alimentaires de l’Islam commençaient à « irriter » la population corse pour laquelle la consommation du porc et du vin a été la base historique de son alimentation.

    Refuser de consommer du porc en Corse et de boire du vin dans une région qui en a fait par sa qualité un des points forts de son économie est considéré malgré tout comme un refus de la tradition et du mode vie insulaire. Comment intégrer des populations qui refusent par dogme religieux de consommer des aliments qui ont permis durant des siècles aux corses de pouvoir survivre dans les montagnes ?

    A partir du milieu des années 2000 à commencé a émerger un véritable rejet de ce genre de comportement qui a engendré de nombreux actes délibérément racistes envers des musulmans. La mentalité des pieds noirs ouvertement xénophobes face aux maghrébins n’a fait qu’accentuer ce phénomène.

    Aujourd’hui en 2016 la population d’origine maghrébine est estimée à 50 000 personnes sur une population insulaire de 320 000 habitants, ce qui en fait la deuxième région de France en proportion après l’Île de France. Contrairement à ce que les médias nationaux laissent souvent transparaître il y a proportionnellement très peu d’actes réellement racistes en Corse, mais depuis deux ans les manifestations de l’Islam radical commencent à s’affirmer dans la société insulaire. Des jeunes corses (4 ou 5) se sont convertis et fortement radicalisés. Certains sont partis en Syrie ou ont tenté de le faire depuis 2014 mais il y a eu surtout une tentative de main-mise des salafistes sur la jeunesse d’origine musulmane dans les quartiers à forte densité maghrébine (Pifano, L’Empereur, Les Cannes, Lupino).  On conseille « fortement » aux jeunes filles de ne plus se rendre en ville prendre un verre ou bien on leur demande porter le voile.

    Il y a 9 personnes fichées S en Corse dont l’Imam aumônier de la prison de Borgo ! Celui ci n’est pas nommé directement dans le communiqué du FLNC mais il est bien désigné en tant qu’indicateur de police.

    En fait certains services estiment que le nombre d’individus pouvant être considérés comme potentiellement dangereux avoisine 50 et il en suffit d’un seul qui passe à l’acte pour déclencher quelque chose de bien plus grave que l’attentat qu’il pourrait commettre.

    Sans entrer dans la thèse du complot, l’enchaînement des incidents qui frappent la Corse depuis décembre 2015 ne sont peut-être pas tout à fait le fruit du hasard. Les incidents de l’Empereur, de Sisco, de Carbuccia et de Porto Vecchio dénotent des comportements nouveaux de certains maghrébins et décembre 2015 c’est aussi l’arrivée des nationalistes à la tête de l’exécutif corse !

    La coïncidence est l’ennemie de la vérité mais l’apparition dans cette série d’incidents de l’émirat du Qatar à la suite des révélations d’un ex sous directeur de la DGSE pose question. On sait que depuis l’incident de l’année dernière durant le match PSG-Bastia où l’on a pu voir une grande banderole sur laquelle était inscrit « Le Qatar finance le PSG et le terrorisme » les proches de l’émir ne doivent pas porter la population « mécréante » de l’île dans leur cœur.

    Il est certain qu’une action djihadiste sur l’île déclencherait immédiatement une réaction ultra violente des corses. Les corses possèdent des armes en grand nombre et l’impact émotionnel des événements de Paris, de Nice et de Saint Étienne du Rouvray suscite la plus grande méfiance de la part des insulaires. Beaucoup s’attendent à une réaction suite aux incidents ultra médiatisés de l’Empereur et de Sisco et beaucoup s’y préparent.

    La Corse a été le premier département à se libérer du joug fasciste en septembre 1943. Les résistants corses ont libéré l’île en un mois de sanglants combats. Une fois qu’elle était pratiquement intégralement libre, un détachement de goumiers marocains a combattu courageusement les restes de l’armée de Rommel qui battait en retraite à Bastia. Si des marocains ont effectivement participé à la libération de la Corse c’est d’abord le sacrifice des résistants corses qui a chassé d’abord les troupes italiennes (80 000 hommes) puis allemandes (20 000 hommes) de l’île.

    Le port du hijab, de la burqa ou du burkini est perçu ici comme ailleurs comme un drapeau de l’Islam intégriste, une allégeance à la vision wahhabite de DAECH, du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Alors, bien sûr, la revendication du droit à la liberté de se vêtir est perçue d’abord comme une belle hypocrisie. Si un touriste avait l’idée de porter un T-Shirt orné d’une grande croix gammée pourrait-on n’y voir qu’un simple bout de tissu ? Une inscription du genre « Je suis Menguélé» passerait-elle bien sur une plage de Tel Aviv ? Pourtant ce ne sont que des bouts de tissu.

    Avec ce mélange d’inquiétude légitime, d’impression de provocation, d’orgueilleuse arrogance de la part des salafistes et surtout de la vision d’impuissance désespérante du pouvoir régalien, la tension atteint un paroxysme en Corse. Nous sommes au bord d’une conflagration dont l’onde de choc se propagera bien au delà du territoire insulaire.

    Les élus tentent légitimement de la contenir mais ils savent bien que le détonateur est au point et que la moindre étincelle mettra le feu au baril de poudre sur lequel nous sommes tous assis. Ils ont la tête sur une enclume. Ils ne peuvent se résoudre à dénoncer une réalité qui finira par les obliger à prendre partie et ils ne peuvent soutenir les propos des Cassandre tels que ceux tenus par Eric Zemmour.

    Zemmour, ce juif berbère qui possède ce don inné des juifs : sentir les dangers qui nous menacent avant tout le monde. Le sage montre la Lune, le singe regarde le doigt et comme le chantait Guy Beart « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ».

    Il est facile d’imaginer la réaction des corses à un attentat de style daechien sur le territoire de l’île. Ce sera une répétition de la Saint Barthélémy à coup sûr et une disparition ultra rapide de la visibilité de l’Islam dans l’espace public. La conséquence en sera d’abord l’état de siège et la disparition de facto du pouvoir nationaliste mais l’onde de choc sera considérable sur le continent.

    Beaucoup de musulmans quitteront la Corse mais 90% préfèreront rester en abandonnant la visibilité de leur religion.

    En bref : la guerre civile et à terme rapide l’intervention de l’armée sur tout le territoire français.

    Le manque de courage des élites politiques et leur état de compromission électoraliste dans de nombreux endroits du territoire français se paiera au prix du sang.

    Ce qui est lamentable c’est que les avertissements multiples des intellectuels français de gauche n’auront jamais été entendus au nom d’une pseudo laïcité bien lâche et d’une république incapable de sortir de ses atermoiements droit-de-l’hommistes. La collaboration factuelle des mouvements d’extrême gauche et des verts avec une idéologie profondément totalitariste sera à mettre au débit de la disparition de la gauche. La plupart des « musulmans » seront ravis qu’on les débarrasse de ces barbus bien gênants et l’Islam disparaîtra en France de l’espace public. Le problème résidera  dans le nombre d’innocents qui paieront pour les autres.

    J’espère que nous n’en arriverons pas là mais l’accélération de l’histoire ces temps-ci fait craindre le pire.

    Nous ne regardons plus l’abîme, nous sommes dedans.

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    Gilles Kepel : « les musulmans de la 3e génération pourraient entraîner le continent dans une effroyable guerre civile »

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    Le politologue français spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, Gilles Kepel, lance un cri d’alarme à l’Europe : les jeunes musulmans de la troisième génération se radicalisent et pourraient entraîner le continent dans une effroyable guerre civile.

    Il n’a pas tort, le professeur Kepel. La situation est grave et quasiment désespérée, mais sa volonté de préserver l’idéologie islamique en chargeant le wahhabisme et le salafisme de tous les maux intrinsèques à l’islam, et les solutions qu’il propose pour enrayer le danger, laissent un goût amer de capitulation.

    Selon Gille Kepel, « radicalisés » signifie être musulman wahhabite ou salafiste, mauvais musulman, opposés dans son monde imaginaire aux bons musulmans traditionnels, parfaitement inoffensifs — alors que c’est exactement l’inverse : le musulman intégré est un mauvais musulman devant l’islam.

    Professeur à Sciences Po, ce qui explique sa vision angélique, Gilles Kepel affirme que la vague actuelle de terrorisme islamique en Europe n’est pas tellement une guerre de l’islam contre la civilisation occidentale, mais une guerre au sein de l’islam. Ben voyons.

    C’est la pensée classique de Gilles Kepel à laquelle adhèrent de nombreuses personnes.

    Le résultat est l’émergence de toute une génération de musulmans adhérant aux mouvements wahhabites et salafistes, qui veulent non seulement dominer l’Europe, mais également éliminer toute opposition islamique modérée.

    De quelle manière cette « opposition islamique modérée » se différencie-t-elle des wahhabites et des salafistes ?

    L’islam normatif ne distingue-t-il pas, sans concession aucune, les musulmans des non-musulmans ? Et dans les Etats islamiques, les non-musulmans ne doivent-ils pas soit se convertir à l’islam, soit se soumettre et payer la jizyia ou être tués ?

    Mais non : Kepel qui devrait être mieux informé, attribue aux seuls salafistes les doctrines pourtant intrinsèques à l’islam.

    Les « musulmans ordinaires » ne rêvent-ils pas aussi de dominer non seulement l’Europe, mais aussi tout le monde non musulman, afin que cette planète étourdie et impure soit islamisée et soumise à la charia, la loi d’Allah ?

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    La génération jihad

    Plus il y aura de musulmans en Europe, plus il y aura d’attentats

    Selon Kepel, le nombre sans cesse croissant de musulmans formant ce qu’il appelle « la génération jihad » continuera probablement à commettre des actes de terrorisme dans les villes européennes. Ce n’est pas une probabilité, mais une certitude, Kepel.

    Qualifier les jeunes musulmans de « génération jihad » implique de manière fallacieuse que le jihad n’est pas un devoir permanent et central de l’islam. Et l’expert en islam doit bien le savoir, sinon, qu’il devienne expert en apiculture.

    Sa prédiction, selon laquelle les jeunes de cette génération continueront probablement à commettre des actes terroristes, impressionne à peine. Pourquoi diable ne continueraient-ils pas à répandre la terreur, puisque que le coran, « verbe incréé d’Allah, transmis à Mahomet et donc immuable » leur ordonne de le faire ?

    Et ils ne commettront pas ces actes terroristes parce qu’ils sont devenus salafistes ou wahhabites, mais tout simplement parce qu’ils sont musulmans. Et plus il y aura de musulmans en Europe, plus il y aura d’attentats, c’est mécanique.


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    Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Rosaly pour Dreuz.info.

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    "L'Arabie saoudite, géniteur du radicalisme"

    VIDÉOS. Ancien haut fonctionnaire à la Défense, Pierre Conesa explique comment notre grand allié a diffusé son islam ultra-rigoriste dans le monde.

    C'est un tabou français que Pierre Conesa tente de briser. Grande alliée (et argentier) de la France au Moyen-Orient, la richissime Arabie saoudite possède sa face sombre : soixante ans d'une diplomatie religieuse qui a exporté en catimini dans le monde entier son « wahhabisme », version la plus rigoriste et intolérante de l'islam sunnite, qui a inspiré les pires djihadistes d'Al-Qaïda comme de Daech. Ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, Pierre Conesa s'est livré dans Dr. Saoud et Mr. Djihad* à une enquête passionnante et inédite sur les rouages de ce prosélytisme d'État adoubé à Paris comme à Washington. Des secrets explosifs sur le véritable géniteur du radicalisme sunnite.
    Le Point.fr : Vous parlez de mensonge d'État à propos du 11 Septembre et du rôle de l'Arabie saoudite. Mais la récente déclassification des 28 pages polémiques n'a-t-elle pas dédouané l'Arabie saoudite ?
    Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense.  © Pauline Tissot Le Point.fr
     
    Pierre Conesa : La déclassification de ces 28 pages, quinze ans après le 11 Septembre, prouve qu'un certain nombre des auteurs des attentats ont été en contact avec des diplomates saoudiens et des familles proches de ceux-ci qui les ont logés et entretenus. Et puis il y a une évidence. Sur les dix-neuf terroristes du 11 Septembre, quinze étaient saoudiens. Or, le discours de George W. Bush en janvier 2002 consiste à accuser l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord, alors qu'il n'y a aucun Iranien, aucun Irakien et aucun Nord-Coréen dans le groupe terroriste. De la même façon, les Saoudiens constituaient le plus gros contingent aux côtés des Afghans lors du conflit contre les Soviétiques dans les années 1980, et ils fournissent le plus gros lot de djihadistes étrangers à Daech aujourd'hui. C'est donc qu'il existe quelque part une matrice idéologique – le wahhabisme – qui explique aujourd'hui une grande partie des crises et des actes terroristes qui frappent la planète.
     
    Mais existe-t-il un lien direct entre le financement du djihad et l'Arabie saoudite ?
     
    Le système saoudien est une sorte de soft power américain avec une multiplicité d'intervenants qui vont de la politique publique aux grandes fondations privées et aux universités islamiques : une conjonction d'acteurs qui permet toujours au pouvoir saoudien de prétendre qu'il n'était pas au courant. Et c'est vrai, car dans un pays où le budget du roi et celui de l'État ne sont pas vraiment séparés, on peut toujours prétendre qu'il existe quelqu'un aux intentions moins louables et dont les agissements ne sont pas connus du roi. Ainsi, lorsque les Américains ont mis en garde les Saoudiens sur le financement du terrorisme après le 11 Septembre, ils ont eux-mêmes listé 265 organisations dont il fallait tarir ou interdire l'activité ! Mais, d'après moi, le financement du terrorisme me paraît être un second problème. Parce qu'un attentat terroriste ne coûte rien. Les attentats du 11 Septembre n'ont coûté que 11 000 dollars et on estime qu'ils ont fait 40 milliards de dollars de dégâts entre effets directs et indirects. La question importante à mon sens est celle de l'idéologie.
     
    En quoi l'idéologie saoudienne inspire-t-elle les terroristes ?
     
    L'Arabie saoudite possède également un côté soviétique. Les Saoudiens ont formé à peu près 25 000 personnes à l'université islamique de Médine, qui est l'équivalent saoudien de l'université soviétique Lumumba, et qui diffuse une idéologie totalitaire : le wahhabisme, ou salafisme. Un théologien musulman français m'a dit un jour que le wahhabisme était la version la plus sectaire, la plus raciste, la plus antisémite, la plus homophobe, et la plus misogyne de l'islam. À la différence des autres universités islamiques dans le monde, les étudiants de Médine obtiennent des bourses, sont logés et entretenus, à la condition de retourner chez eux pour faire de la prédication, donc de la propagande, comme à l'époque des commissaires politiques de l'université soviétique Lumumba. D'après mes chiffres, 30 000 personnes ont été formées dans ces universités islamiques saoudiennes. On va les retrouver dans toute la bande sahélienne, au Mali, au Niger, en République centrafricaine. Chaque année, les Saoudiens dépensent 7 à 8 milliards de dollars pour leur diplomatie religieuse, soit autant que pour leur diplomatie de défense ! C'est à peu près deux fois plus que l'URSS à la belle époque.


    Mais n'y a-t-il tout de même pas une différence entre le salafisme, qui est quiétiste, et le djihadisme ?
     
    Pas à mon sens. Lorsque vous avez un discours raciste, antisémite, vous légitimez d'une certaine manière la violence. En France, on réprime les propos antisémites, racistes, sectaires. Or, en Arabie saoudite, vous avez une idéologie qui reprend exactement tous ces mots en la légitimant par la religion. L'étude qu'a faite Antoine Sfeir sur les manuels wahhabites est d'ailleurs extrêmement claire. Dans les programmes scolaires wahhabites, on n'apprend pas Freud, Marx ou Darwin, mais l'antisémitisme et la dénonciation des autres religions… On est dans le système de l'intolérance absolue. Vous préparez littéralement des citoyens à basculer tout à coup dans la violence, parce que vous estimez que les « mécréants », terme utilisé par les salafistes pour désigner les autres croyants, sont des individus de seconde zone. Pour moi, le salafisme quiétiste est une préparation psychologique à la violence.
     
    Mais l'idéologie djihadiste n'est-elle pas un mélange de salafisme et de théories révolutionnaires des Frères musulmans ?
     
    L'identité islamiste a été constituée par plusieurs mouvances qui ont justifié par différents propos le passage à la violence. Saïd Qotb, qui est souvent celui qui est cité comme le légitimateur de la violence, la concevait surtout contre les régimes arabes qui, d'après lui, se prétendaient musulmans mais n'appliquaient pas le Coran. Par la suite, il y a eu la justification du djihad contre les Soviétiques auquel nous, Occidentaux, avons nous-mêmes adhéré, puisqu'on pensait que les ennemis de nos ennemis ne pouvaient être que nos amis. Aujourd'hui, la défense de la terre de l'islam est légitimée par tous les théologiens, quelle que soit leur mouvance. Cela a été le cas après l'intervention américaine en Afghanistan, en Irak… Il y a donc eu un processus de légitimation progressive de la violence.
     
    Comment expliquer ce conservatisme religieux en vigueur en Arabie saoudite ?
     
    Il faut revenir au pacte originel entre Mohammed Ibn Saoud, patriarche de la dynastie Saoud, et l'imam ultraconservateur Mohammed Abdelwahhab, scellé en 1744, et qui est à l'origine du premier État saoudien. À cette époque, Abdelwahhab a utilisé le terme de djihad pour que les Saoud puissent conquérir le territoire d'Arabie contre les autres tribus. L'imam a également appelé au djihad pour lutter contre l'Empire ottoman. Ainsi, le djihad est-il constitutif de l'identité nationale saoudienne. Dès le départ, l'Arabie saoudite est un système à deux pieds, avec, d'un côté, la famille Saoud (la dynastie en place) et, de l'autre, le corps des oulémas (théologiens), dirigé par la famille al-Shaikh, c'est-à-dire les descendants d'Abdelwahhab. En échange du pouvoir, ceux-ci régissent la société saoudienne, ainsi que l'action extérieure du pays. Le problème est que les Saoudiens ont à plusieurs reprises sollicité les Occidentaux – des « mécréants » – pour défendre leur régime, que ce soit en 1979 lors de l'occupation de la Grande Mosquée de la Mecque (par des islamistes radicaux, NDLR) ou en 1991 lors de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein. À chaque fois, les oulémas les plus radicaux sont montés au créneau pour dénoncer une « invasion de croisés » en terre d'islam. Pour se légitimer, le régime Saoud a donc obtenu des oulémas une justification théologique. En contrepartie, les religieux ont gagné plus de droits sur la société et la diplomatie saoudienne. En 1979, les gendarmes français du GIGN ont même été convertis à l'islam pour libérer la Grande Mosquée des étudiants islamistes radicaux qui dénonçaient la corruption du régime ! On voit ici résumée toute l'hypocrisie du système saoudien. En Arabie saoudite, c'est « la violence ailleurs, mais touche pas à mon prince ».
     
    Comment l'Arabie saoudite a-t-elle procédé pour exporter le wahhabisme ?
     
    Outre la formation d'imams étrangers dans ses universités, l'Arabie saoudite s'est appuyée sur des organisations religieuses. C'est notamment le cas de la Ligue islamique mondiale, créée à l'époque de Nasser. Ce leader arabe possédait un discours très critique à l'égard des pays du Golfe et brandissait le panarabisme. En réaction, l'Arabie saoudite a prôné le panislamisme, dont le vecteur porteur a été la Ligue islamique mondiale. Il s'agit d'une ONG, toujours dirigée par un Saoudien, qui porte une conception wahhabite de l'islam, et dont les financements sont très opaques. Sous le couvert de la défense des musulmans et de la construction de mosquées, la Ligue islamique mondiale a souvent été le faux nez de l'action saoudienne à l'étranger. Or, l'Arabie saoudite étant un pays allié combattant à l'époque la « laïcité » soviétique, l'Occident a laissé faire.
     
    L'Arabie saoudite est-elle, comme on peut l 'entendre, à l 'origine de la création de Daech ?
     
    Pas du tout. L'Arabie saoudite n'a pas créé Daech. En revanche, elle a créé le salafisme, qui en est le géniteur. D'ailleurs, les deux régimes décapitent tous deux massivement en public, et détestent les chiites. Lorsque Abu Bakr al-Baghdadi proclame le califat, il conteste directement les Saoud. Car ces derniers, s'ils se sont toujours autoproclamés serviteurs des lieux saints, n'ont aucune légitimité par rapport à la dynastie du Prophète. Ainsi, lorsqu'un individu comme al-Baghdadi s'autoproclame calife, il rétrograde de fait les Saoudiens. Voilà pourquoi les Saoud sont aujourd'hui dans la concurrence, et non dans la confrontation, avec Daech. C'est-à-dire qu'ils veulent délégitimer l'État islamique en montrant qu'ils sont les meilleurs défenseurs de la cause sunnite. Et donc en réprimant davantage qu'eux les chiites.
     
    Comment expliquer qu 'un pays aussi conservateur soit notre meilleur allié au Moyen-Orient ?
     
    En Occident, on nous rappelle sans cesse que ce pays est notre ami, ainsi que notre meilleur client, et il existe une sorte de tabou dans la critique de l'Arabie saoudite. Or, j'estime que nos intérêts commerciaux ne doivent pas primer la sécurité de nos concitoyens. Il est d'ailleurs intéressant de noter que cela fait vingt ans que l'on nous parle d'une prévision de dix milliards de dollars de contrat avec le royaume. Or, cela ne reste que de la prévision. Certains contrats se réalisent, d'autre pas. Mais cela ne peut être en aucun cas le raisonnement d'une stratégie diplomatique dont les effets sécuritaires sont aussi dramatiques que ceux que l'on connaît aujourd'hui. Pendant des années, on leur a vendu des armes, qu'ils n'ont jamais utilisées… jusqu'à la guerre au Yémen (depuis mars 2015), où l'on constate leur absence totale de retenue en ce qui concerne les dommages collatéraux. Entre le radicalisme chiite et le radicalisme sunnite, nous n'avons pas à choisir. Or, nous l'avons fait.
     
    Pourquoi les Saoudiens ne sont-ils pas davantage impliqués dans la coalition contre Daech ?
     
    En effet, dès qu'ils sont intervenus au Yémen, l'Arabie saoudite et les autres pays arabes ont retiré tous leurs avions de la coalition contre Daech. Pourquoi l'Arabie saoudite a-t-elle mobilisé toute son aviation au Yémen, qui n'est pourtant pas sa menace principale ? Comment expliquer que nous, Occidentaux, sommes les seuls aujourd'hui à combattre l'État islamique ? Aujourd'hui, nous avons du mal à définir qui est notre ennemi. Notre ennemi, c'est le salafisme, dont Daech est une application pratique. Mais le géniteur, le docteur Frankenstein, c'est l'Arabie saoudite. Et nous sommes dans la position schizophrénique où l'on combat le radicalisme tout en protégeant son géniteur. Or, dans le roman de Mary Shelley, le monstre disparaît avec son créateur.
     
    * "Dr. Saoud et Mr. Djihad : la diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite" vient de paraître aux éditions Robert Laffont.

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    Projet secret révélé : L'opération Ronces ou la nouvelle guerre d'Alger..

    L'armée française collabore avec l'armée israélienne pour nettoyer les quartiers français
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    Jihad al-nikah

     

    Un rapport du Centre de Recherche Pew, publié en 2013, intitulé « Les musulmans dans le monde, Religion, Politique et Société », examinait les attitudes et les opinions des musulmans dans le monde à propos de la religion et de son impact sur la politique, l'éthique et la science.

    Un échantillon de mille quatre cent cinquante musulmans dans les vingt-quatre gouvernorats de Tunisie ont été interrogés entre novembre et décembre 2011. D'après cette étude, 50% des Tunisiens considèrent qu'ils vivent un conflit entre leur religion et le monde moderne.Selon le rapport, 32% des Tunisiens considèrent que le divorce est immoral – le taux le plus élevé dans le monde arabe et musulman -, comparé à 8% en Égypte, 6% au Liban et 3% en Jordanie. Bien que 46% des sondés ont répondu que la religion est compatible avec le monde moderne, l'étude indiquait que la population tunisienne a tendance à préconiser le choix individuel pour le port du niqab (voile intégral), 89% sont en faveur de ce choix.

    De même, basé sur un rapport des Nations Unies et une recherche de la Fondation Quillam en 2014, les terroristes tunisiens représentent le nombre le plus élevé (3,800) de terroristes étrangers en Syrie et en Irak. Les autorités syriennes ont également confirmé que le nombre de terroristes tunisiens est de plus de dix-mille, sur un total de quarante-trois mille terroristes sur le territoire syrien.

    Quelles sont les raisons principales du taux élevé de terrorisme de la Tunisie ?

    En règle générale les religions sont à double tranchant : elles contribuent à résoudre maint problème social et aident à établir la sécurité grâce aux lois et à l'éthique qu'elles imposent. On espère que la majorité des gens ne commettront pas de crimes parce qu'ils craignent Dieu et ses châtiments. La religion peut aussi représenter une sécurité et une stabilité psychologiques pour ceux qui ont besoin d'être rassurés en croyant qu'une force de bien infinie les protège.

    D'autre part, nombreux sont ceux qui ont mal interprété la religion – parfois délibérément ou pas – créant souvent des conflits entre les différentes ethnies et religions, comme celui entre juifs et musulmans. La religion, a donc été utilisée pour inciter à la violence, la haine, la guerre, exactement comme le fait l'État islamique, groupe salafiste djihadiste qui recrute de plus en plus de soldats partout dans le monde.

    La majorité des djihadistes sont endoctrinés dès la plus tendre enfance par les programmes de télévision. Par exemple, Spacetoon, un programme arabe pour enfants, a créé un personnage de fiction féminin du nom de Fulla. Dans ce programme on montre généralement Fulla comme étant une personne pieuse, qui prie et porte un hijab. Une image qui influence beaucoup d'enfants. Y. une adolescente de quinze ans explique :

    « Quand j'étais plus jeune, environ sept ou huit ans, je regardais souvent Fulla et je demandais à ma mère de porter le hijab comme elle parce que je pensais que c'est comme ça qu'une femme est censée s'habiller et j'ai aussi essayé de le porter plusieurs fois et j'ai demandé à ma mère de me laisser le porter. »

    Les jardins d'enfants jouent aussi un rôle majeur dans ce qui influence les enfants.

    « Au jardin d'enfants les professeurs nous racontaient comment on serait puni après la mort, comment on allait brûler en enfer si on se conduisait mal. J'avais si peur en entendant ces histoires que j'imaginais des scènes terribles dans ma tête » dit T., un garçon de quinze ans.

    Les écoles en Tunisie enseignent l'éducation religieuse, enseignement obligatoire, à partir de la première année pour aider les enfants à découvrir et comprendre les bases de leur religion.

    « Je trichais pendant les examens d'éducation religieuse qu'on passe à la fin de chaque trimestre » dit E., adolescente de quinze ans :

    « Je ne le faisais pas parce que j'étais paresseuse mais parce que nous n'avions qu'une heure par trimestre pour étudier la théologie en classe avec un professeur qui nous donnait à apprendre une longue surat (section du Coran) et des ahadith, citations du prophète. On ne comprenait rien en classe, certains d'entre nous l'apprenaient tout simplement par cœur sans en comprendre le sens. D'autres trichaient parce qu'ils ne pouvaient pas apprendre quelque chose qu'ils ne comprenaient pas. Le problème est que l'école ne nous donnait pas l'occasion de découvrir d'autres religions, étant donné que les juifs et les chrétiens sont considérés par la plupart des musulmans comme des kuffar (infidèles). »

    Reçue en héritage, cette culture de haine envers les autres religions, a donné une façon de penser extrémiste et un sentiment de supériorité.

    « Je hais les chrétiens et les juifs. Je ne sais pas pourquoi. Il n'y a aucune raison apparente pour que je les haïsse mais j'entends toujours ma mère en dire du mal. Elle les hait aussi et je crois que c'est pour ça que je les hais. Maman m'a toujours dit que les musulmans sont le peuple préféré d'Allah. » dit F., une adolescente de quinze ans.

    « Après l'attentat de Nice des amis sur les réseaux sociaux ont exprimé leur désapprobation vis-à-vis de ceux qui sympathisaient avec les victimes. Ils disaient que les non-musulmans méritent la mort, que nous ne devons pas avoir la moindre pitié d'eux. Ils iront brûler en enfer, de toute façon, » dit M. un adolescent de seize ans.

    Cette façon extrémiste de penser est confortée par le fait que 80% des Tunisiens ne lisent pas de livres selon une étude réalisée en mars 2015. Ceux qui ne lisent pas vivent dans un vide émotionnel : ils ont tendance à avoir peur de ce qu'ils ne connaissent pas et cette peur peut devenir de la méfiance, de l'agression et de la haine. Ces personnes ont besoin de remplir le vide, de se débarrasser de leur malaise et ils se tournent donc vers le terrorisme pour créer un but dans leur vie : défendre l'islam.

    « Je connais ce garçon tunisien qui vit en Arabie saoudite avec ses parents et vient passer les vacances en Tunisie dans mon quartier » dit R. une adolescente de quatorze ans.

    « C'était un adolescent normal de quinze ans, il avait l'habitude de jouer au football avec mon frère et ses amis. Récemment ils ont tous remarqué qu'il s'isolait et commençait à lire des livres sur la foi et l'islam. Un jour il est allé voir mon frère et ses amis et leur a dit d'arrêter de jouer au football. C'était haram(interdit). Peu après on l'a vu dans le quartier marcher dans l'obscurité et lire le Coran. »

    Comme la plupart des Tunisiens ne lisent pas, ils regardent beaucoup la télévision . « Hareem Al Sultan » (le Harem du Sultan), une série télévisée turque est populaire en Tunisie. Cette série montre comment de belles concubines tentent de séduire le Sultan en dansant, en chantant et en étant obéissantes et soumises. Tout ceci peut encourager les jeunes filles à rejoindre le jihad al-nikah ('djihad sexuel'), dans le cadre duquel les jeunes filles offrent des rapports sexuels à des djihadistes.

    « Après avoir vu 'Le Harem du Sultan' je voulais être l'une des concubines du Sultan, vivre à l'époque de l'Empire ottoman. Je voulais être comme elles » dit S. une adolescente de quatorze ans.

     

    « Le Harem du Sultan », une série télévisée turque populaire en Tunisie montre de belles concubines qui tentent de séduire le Sultan en dansant, en chantant et en étant obéissantes et soumises. Tout ceci peut encourager les jeunes filles à rejoindre le «djihad sexuel » dans le cadre duquel les jeunes filles offrent des rapports sexuels à des djihadistes.

     

    Tous ces facteurs contribuent indirectement à créer une façon de penser extrémiste et terroriste. Nous pensons toujours que c'est en Irak ou en Syrie qu'on devrait combattre le terrorisme. Mais les champs de bataille sont dans les écoles, les foyers, à la télévision et dans les médias sociaux. C'est là que nous devons combattre les idéologies extrémistes et la haine raciale et religieuse. C'est de là que partent tous les terroristes.

    Tharwa Boulifi, quinze ans, vit en Tunisie.