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    Syrie: nos armées en sous-capacité

     

    Opérations. La France aborde la crise syrienne alors que l’outil militaire se dégrade. Un rapport parlementaire le confirme. La nouvelle loi de programmation militaire ne va rien arranger. La preuve par les textes. Photo © SIPA

     

    Membres de la commission de la Défense nationale de l’Assemblée, Yves Fromion (UMP, Cher) et Gwendal Rouillard (PS, Morbihan, proche de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense) viennent de livrer un rapport détaillé sur les capacités réelles de nos armées. Leur constat est inquiétant, alors que la France va peut-être s’engager dans une nouvelle intervention à longue distance. Ce rapport sera sans doute très commenté à la 11e université d’été de la Défense, organisée ces 9 et 10 septembre, à Pau, par les commissions parlementaires de la Défense. En voici quelques éléments, comparés [entre crochets] aux objectifs du projet de loi de programmation militaire 2014-2019, la douzième du genre depuis 1960, dotée de 189,3 milliards de crédits courants et de 6,1 milliards de « ressources exceptionnelles ».

    La Marine

    « Compte tenu du vieillissement de la presque totalité des équipements », la “rupture capacitaire” concerne de nombreux domaines. L’aviation de surveillance et d’intervention maritime est dans le rouge. En 2012, elle affichait un taux de disponibilité de seulement 39 %. Les Falcon 200-Gardian déployés dans le Pacifique seront prolongés jusque vers 2020. Mais, pour maintenir cette capacité, la Marine devra y affecter aussi des Falcon F50. Même inquiétude pour les chasseurs de mines, « dont le système de combat est très sensible à l’obsolescence ». Prolonger ces bâtiments au-delà de 35 ans « n’est pas envisageable », assurent les députés. Les pétroliers ravitailleurs à simple coque seront eux aussi maintenus au-delà de 35 ans, malgré la réglementation civile qui exige une double coque. Pour eux, le « risque de limitation capacitaire » apparaîtra dès 2020.

    La situation des patrouilleurs était « préoccupante ». Elle va connaître « une aggravation supplémentaire » « Outre-mer, le retrait des derniers patrouilleurs P400 prolongés en 2020 rendra la situation critique. L’acquisition de patrouilleurs légers pour la Guyane et de bâtiments multi-missions devient impérative pour atténuer la réduction capacitaire. » Certains vieux avisos vont être reconvertis en patrouilleurs de haute mer. Cette solution « ne permettra pas de combler totalement le déficit de moyens qui sera très délicat autour de 2025 ».

    [La loi 2014-2019 prévoit de maintenir en activité des avisos et des patrouilleurs, dont certains auront quarante ans de service, presque deux fois leur durée de vie initiale. Le programme des nouveaux bâtiments de surveillance et d’intervention est reporté au-delà de 2020, comme les livraisons des nouveaux chasseurs de mines. En 2019, le nombre des frégates multi-missions tombera de huit à six. Aucun nouveau ravitailleur ne sera livré et la cible est abaissée de quatre à trois bâtiments. L’aéronautique navale baisse en puissance : 40 Rafale Marine au lieu de 58. La modernisation des Atlantique 2 ne concernera que 15 appareils, sur les 27 en parc.]

    L’armée de terre

    Elle devra garder plus longtemps que prévu ses vieux véhicules de l’avant blindés (VAB) et blindés AMX10 RCR, ossature des régiments depuis plus de trente ans, malgré leur faible disponibilité technique opérationnelle : 36 % pour les AMX 10, 57 % pour les VAB ! Les députés parlent d’une « rupture capacitaire annoncée » pour le combat débarqué, sauf si les nouveaux véhicules blindés multirôles (VBMR) et engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) sont bien livrés « à un rythme rapide », à compter de 2017 :« Pour un contrat opérationnel nécessitant 300 véhicules, la décroissance rapide des parcs ERC 90 et des VAB HOT, totalement obsolètes en 2020, et celle progressive des AMX 10 RCR créent un risque important de rupture capacitaire en 2020 au regard d’une opération EBRC qui ne doit souffrir aucun retard. »

    L’aéromobilité de l’armée de terre (essentielle en Libye puis au Mali) se dégrade. Elle repose sur la trentaine de Puma encore en activité, dont la rénovation a été abandonnée, et sur le nouvel hélicoptère NH 90, indispensable pour la relève. Le parc de Puma, le plus ancien de l’armée de terre, est marqué par « une chute inexorable et une disponibilité technique opérationnelle moyenne médiocre ». En dépit des efforts des équipages, ce taux plafonnait à 48 % en 2012 !

    [La loi 2014-2019 ne prévoit aucune livraison d’EBRC et seulement 92 VBMR. Pour le très attendu NH 90, la cible globale annoncée de 115 machines par le Livre blanc est déjà hors d’atteinte. Les “terriens” n’ont pour l’instant que 9 NH 90 en parc. Ils en espèrent 29 en 2019, sur les 95 commandes fermes annoncées.]

    L’armée de l’air

    Elle présente elle aussi son lot de misères, que les aviateurs tentent de compenser à force de travail. Très vieillissant, le transport tactique (C 160 Transall et C 130 Hercules) affiche 54,3 % de disponibilité : « Les capacités sont déjà déficitaires et le resteront jusqu’à un horizon 2030. » L’agenda de l’Airbus A400M a été ralenti, ce qui prolonge la vie de quatorze Transall, « mesure compensatoire absolument indispensable pour maintenir les compétences des équipages et garantir la transition sur A400M ». Le premier A400M de série vient à peine d’être livré à la base d’Orléans, quatre ans après la date prévue.

    Avec 42,2 % de disponibilité en 2012, le transport stratégique s’appuie sur des Airbus A310 et A340 bien amortis et des avions ravitailleurs KC 135 et C 135FR dont l’âge (50 ans) et la fragilité « font peser un risque très important de rupture capacitaire en cas d’aléas techniques graves. Cette rupture pèserait sur l’aptitude à partir en opérations extérieures, sur la protection de l’espace aérien français et sur la tenue de la posture de dissuasion ».

    La modernisation de l’aviation de chasse (225 avions prévus par le Livre blanc, dont 185 pour l’armée de l’air et 40 pour la marine) est au ralenti. Le format visé devrait permettre d’assurer les contrats opérationnels, mais, précisent les députés, « sous réserve de la mise en service des premiers Mirage 2000D rénovés dès 2018 et de pouvoir prolonger les Mirage 2000-5 au-delà de 2021 ».

    [Ces objectifs seront difficiles à tenir. La cible des 50 A400M en parc s’éloigne. On compte à peine 13 livraisons jusqu’en 2019. À cet horizon, l’armée de l’air n’aura que 2 ravitailleurs modernes, au lieu des 12 prévus. Pour le Rafale, 26 nouvelles livraisons sont annoncées d’ici à 2019, moins que prévu, pour une cible finale de 180 appareils, avec un effort annoncé sur la modernisation des Mirage 2000-5 et 2000D. ]

    @Valeurs

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    De Gaulle gagne la partie (6/7)

    A travers sept épisodes, Jean-Dominique Merchet raconte cet été 1943 qui fut, il y a 70 ans, le tournant de la Seconde Guerre mondiale et conduisit à la victoire des Alliés.

     (6/7) De Gaulle gagne la partie
    Le général de Gaulle passant en revue les troupes de la France libre en 1943 DR

    Pour la plupart des Français, ce fut le dernier été de l’Occupation. L’année suivante, ce sera la belle saison de la Libération, mais en cet été 43, alors que de grandes batailles se déroulent et que d’autres, plus terribles encore, se préparent, un homme remporte la partie qu’il jouait depuis trois ans : Charles de Gaulle. Et sa victoire, encore bien fragile, sera celle de la France qui figurera bientôt dans le cortège des vainqueurs.

    Revenons un moment trois étés auparavant, en 1940 et relisons l’Appel du 18 juin. Son volontarisme lyrique a souvent masqué la profondeur et le réalisme de l’analyse géopolitique sur lequel il repose. De Gaulle a compris que son temps était, déjà, celui de la mondialisation : « Rien n’est perdu parce que cette guerre est mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l’ennemi », dit-il au micro de la BBC. Une mécanique implacable s’est mise en marche, qui verra les Etats-Unis et la Russie soviétique entrer, tôt ou tard, dans la guerre aux côtés de l’Empire britannique et briser les ambitions d’une Allemagne, économiquement et démographiquement incapable de tenir le choc. La conclusion qu’il en tire est simple : « Il faut que la France soit présente à la victoire. »

    Pour le chef de la France libre, tout a découlé de cette idée et trois ans plus tard, il touche au but en unissant la Résistance intérieure autour de lui et en prenant, progressivement, la tête des futures autorités de la France libérée.

     

    La bataille d’Alger.

    Le 27 mai 1943, au premier étage du 48, rue du Four, à quelques pas de Saint-Germain-des-Prés, dix-sept hommes se retrouvent pour une réunion clandestine. Il y a là les représentants de huit mouvements de résistance, de six partis de droite et de gauche et de deux syndicats. Le Conseil national de la Résistance (CNR) vient de naître, grâce aux efforts d’un jeune préfet gaulliste de 43 ans, arrivé de Londres deux mois plus tôt, Jean Moulin. Ce que l’historien Olivier Wieviorka(1) appelle le « tropisme unitaire » de la Résistance a eu raison des divisions, des rivalités et des ambitions. L’affaire n’était pas gagnée d’avance et Wieviorka pointe avec raison « une situation qui contraste avec les déchirements que connaissent d’autres pays », comme la Grèce, la Yougoslavie ou l’Italie.

    Vingt-cinq jours après cette première réunion du CNR, Jean Moulin est arrêté à Caluire (Rhône) par Klaus Barbie. Torturé, il meurt le 8 juillet dans le train qui l’emmène en Allemagne, en gare de Metz. Mais le CNR lui survit et, avant la fin de l’été, il aura un nouveau président, Georges Bidault. « Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre… » C’est à ce moment-là aussi que sont écrites les paroles du Chant des Partisans, fin mai, par Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon.

    De l’autre côté de la Méditerranée, à Alger, une furieuse bataille politique est engagée. Les Alliés y ont débarqué en novembre précédent. Depuis, les Américains n’ont eu de cesse de trouver une solution politique, excluant de Gaulle, dont le président Roosevelt se méfie. Ils jouent d’abord la carte de l’amiral Darlan, l’ancien chef du gouvernement de Vichy, mais il est assassiné à la veille de Noël 1942. Les Américains reportent alors leurs espoirs sur le général Giraud, qui, en avril 1942, s’était évadé d’Allemagne. L’homme, qui n’a guère la tête politique, a des idées d’extrême droite, proches de celles qui ont cours à Vichy, y compris vis-à-vis des juifs. Mais ce général a derrière lui, non seulement les Etats-Unis, mais aussi l’Armée d’Afrique, c’est-à-dire les troupes françaises stationnées en Algérie et au Maroc, qui pèsent beaucoup plus lourd que celles de la France libre.

    De Gaulle arrive à Alger le 30 mai et le bras-de-fer avec Giraud s’engage aussitôt. Le 3 juin, le Comité français de libération nationale (CFLN) est créé ; ce futur gouvernement provisoire est présidé par les deux généraux qui se détestent cordialement. Durant tout l’été, de Gaulle, fin tacticien, s’emploie à marginaliser Giraud. Ce sera chose faite de manière définitive début novembre. Entre-temps, le CFLN aura remporté une victoire importante, celle de sa reconnaissance, le 17 septembre, par les Britanniques, les Soviétiques et les Américains, ces derniers avec quelques réserves. Le symbole est là : pour les Nations Unies (on emploie le terme depuis 1942), la France n’est plus désormais à Vichy.

    Dès ce moment, les Alliés savent que le territoire français sera, l’année suivante, le théâtre de la grande offensive contre l’Allemagne, puisque c’est là qu’ils débarqueront, sur les côtes de la Manche et de la Méditerranée. Les Français en seront et ils s’y préparent. Fin juillet, les forces françaises libres (FFL) gaullistes se fondent avec l’Armée d’Afrique, au sein de la France combattante – c’est le début de l’« amalgame » qui se poursuivra, l’année suivante, avec les Forces françaises de l’intérieur (FFI). La 2e Division blindée du général Leclerc est officiellement créée le 24 août. Dix jours plus tard, le général Jean de Lattre de Tassigny s’évade de la France occupée, pour prendre, bientôt, la tête de la 1re Armée. Sur le front de l’Est, l’escadrille française Normandie – qui deviendra Normandie-Niémen en 1944 – combat au sein de l’aviation soviétique lors de la bataille de Koursk.

    Des petits morceaux de France se libèrent. D’abord, en juillet, les Antilles, qui chassent le haut-commissaire de Vichy, l’amiral Robert, puis, durant le mois de septembre, la Corse où l’action combinée de la Résistance et de l’armée française entraîne le départ des Allemands.

    Et pourtant, il y a toujours des Français pour croire ou espérer en la victoire de l’Allemagne nazie. Le 22 juillet, le Journal officiel publie un décret autorisant l’engagement des Français dans la Waffen SS. Quelques milliers d’entre eux formeront la Brigade Frankreich puis la Division Charlemagne. Le 8 août, le fondateur de la Milice et bientôt secrétaire général au Maintien de l’ordre, avec rang de ministre, Joseph Darnand prête serment à Adolf Hitler. Dans les salons de l’ambassade d’Allemagne à Paris… Comme le Reich, ces « collabos » ont pourtant déjà perdu. De Gaulle, lui, vient de gagner.

    (1) Olivier Wieviorka,